Entre des journalistes qui arguent d’une baisse de la criminalité à Bruxelles sur base de statistiques scientifiques et objectives (mais tant de délits ne sont pas rapportés, parce que « cela ne sert à rien »), et le tout un chacun qui se base sur son propre vécu de la question (forcément, dans une vision subjective, les choses se dégradent pour peu que la fréquence des événements soit courte; il suffit d’être la victime d’un méfait pour que la situation de la veille du méfait paraisse meilleure qu’après le méfait), la réponse politique, elle, est affligeante:

  1. populisme (« plus de bleus dans les rues »: super: pour relâcher le malfrat 24H plus tard, faute de place?)
  2. syndrôme de l’autruche: « circulez il n’y a rien à voir, les statistiques le montrent » (on sait pertinemment que la plupart des petits délits ne sont pas rapportés à la police),
  3. communautarisation du débat, via de fausses bonnes idées venues des médias et politiques flamands qui voudraient, comme par hasard, fusionner les corps de police bruxellois en un seul corps de police, diminuant ainsi drastiquement les pouvoirs des bourgmestres et faisant avancer ainsi leur désir de supprimer les communes bruxelloises tout en hijackant l’étage régional puisque la police serait alors sous tutelle fédérale, voire communautaire.

Fait beau, hein?

Evidemment, parler de la violence à Bruxelles, c’est un peu comme parler de la météo: c’est un sujet refuge quand on n’a rien à dire, et c’est toujours intéressant, histoire de tuer le temps, voire de détourner l’attention. Je vous parie le gras de mon jambon que lorsque le soufflé « Fermeture d’Opel Anvers » sera terminé, lui qui révèle ses faiblesses à une certaine Flandre trop sûre de sa force, le sujet de Brussel Far West disparaîtra comme par enchantement des médias flamands.

La ville est violente par essence

En tant que Schaerbeekois, vivant dans l’une des communes les plus incriminées, je ne dirais pas que la situation est rose, mais on vit en ville que diable: la ville et donc la promiscuité de centaine de milliers d’êtres humains, on le sait, est source de tensions.

Ce qui ne veut pas dire que l’on ne doit rien tenter pour que ces centaines de milliers d’êtres humains vivent en bonne intelligence. On connait les problèmes: la promiscuité, la pauvreté et le communautarisme. Surtout, le chômage et le décrochage scolaire sont autant de bons axes pour s’attaquer au problème et diminuer et la perception d’insécurité et l’insécurité elle-même.

Bruxelles, ville de lumières 2.0

Mais il y a également un autre axe: le cadre de vie et donc, l’image que la ville donne d’elle-même.

Lorsque en 2007, nous (le LAb[au]) avons installé une borne interactive lumineuse permettant aux passants d’interagir en temps réel sur la tour Dexia (voir le projet Touch), nous (grâce également au management bruxellois de Dexia) avons offert une vision de Bruxelles faite de lumière et d’émerveillement, renforçant dans l’imaginaire des publics de tout type l’idée que la Ville peut être étonnante, intéressante, source de surprises. Une idée que le rapport du citoyen à la ville peut être inversé, via, notamment, la technologie et la lumière.
Ceci n’est que mon opinion? Regardez alors ce reportage de VTM sur le projet Touch et écoutez les réactions des passants:


(voir la vidéo sur le site du LAb[au] )

Précisons enfin que la station était accessible à des heures délicates et dans un quartier peu sûr: à la sortie de la rue Neuve en face de la place Rogier entre 17h et 01h du matin. Pourtant, durant les 3 semaines de l’installation, pas un seul acte de vandalisme n’a eu lieu. Pas le moindre graffiti. Pourquoi? Les sois-disant « jeunes » adoraient le projet et l’ont adopté.
Il est vrai que nous avions cherché cette adoption: en ayant constamment quelqu’un sur place pour expliquer le projet; en concevant une interface permettant d’interagir à plusieurs et d’une simplicité d’utilisation telle que l’expérience proposée était rapidement gratifiante pour les publics et les différents groupes.

Voilà , juste un point de vue que je n’ai ni lu ni entendu nulle part dans la diahrrée de témoignages et doctes opinions sur le sujet: jouer sur le cadre de vie par une vision urbanistique et architecturale de la ville optimiste et valorisante peut constituer un élément de réponse efficace au climat d’insécurité.