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Vous aurez vu comme moi ces reportages montrant les milliers de litres de lait déversés par les fermiers belges et européens pour protester contre l’absurdité d’une filière commerciale déficiente, qui les amène à vendre leur lait frais à un prix qui ne couvre plus leurs frais de production, pour ensuite le retrouver proposé à près de 10 fois son prix d’achat dans les grandes surfaces.
Des images qui se voyaient accompagnées de qualificatifs tels que « choc », montrant le « désespoir » de tout un métier, etc.
Eh bien moi, je suis déçu: je vous avoue que, à force de voir la population avaler les unes après les autres les dragées amères servies par les politiques, les banquiers et les industriels, constatant avec fatalisme que le chacun pour soi et la loi du moindre mal prenaient le pas sur un sentiment partagé de révolte, je m’attendais à ce que le dernier bastion de la dignité humaine fut défendu par le peuple de la terre, les fermiers, agriculteurs et éleveurs. Mais non, ils se sont battus, certe, mais ils ont été entendu, ont reçu des pécadilles, et sont rentrés chez eux, convertis en adeptes de la realpolitiek. Certes, je ne les blâme pas – qui peut raisonnablement envisager de résister à la mondialisation? Ils ont des familles à nourrir. Mais la chute est dure. Car fondamentalement, rien n’a changé… Si ce n’est la prise de conscience du public. Le politique, comme d’habitude, ne peut rien, ou si peu.
Et après réflexion je me dis qu’une révolte c’est joli, c’est romantique mais au final, cela ne change que les noms de ceux qui tiennent le système; cela ne change pas le système. Mieux vaut dès lors consacrer ses énergies à la recherche de solutions qui permettent aux agriculteurs de vivre, à nos campagnes de survivre, à notre population de s’alimenter en produits de qualité. Le reste n’est que discussion de comptoir.
« Milk does your body good ». Really?
Pour trouver une solution concrète et qui ne passe pas par le politique, attardons nous un instant sur des tendances fortes actuelles des consommateurs:
- le lait est de plus en plus décrié par les médecins et allergologues : il est bourré d’hormones de croissance adaptés aux besoins des veaux, pas des êtres humains. Les allergies au lactose sont de plus en plus répandues. Avez-vous déjà comparé un bébé nourri au lait de vache d’un bébé allaité? La différence va du simple au double en terme de volume physique. En terme de jours maladie également…
- les consommateurs sont de plus intéressés par les problématiques liées au commerce durable et au développement durable: quitte à acheter du lait, autant soutenir nos fermiers que les fermiers anglais. Mieux vaut acheter un lait de ferme qu’un lait industriel. De toute manière, le prix n’est pas tellement plus élevé, le problème est plutôt de le trouver.

- les produits secondaires se valorisent bien mieux: yaourts et fromages.
- le bio a le vent en poupe. La prise de conscience environnementale actuelle doit nous amener à consommer moins de produits animaliers (lait, viande, oeufs) et plus de végétaux. Le moment est opportun pour se tourner vers l’agriculture bio. Ce sera tout bénéfice pour le consommateur, pour la nature et pour le producteur.
Alors, j’invite les fermiers à ouvrir des guichets dans leurs fermes, à rencontrer le consommateur et à échanger des idées, à faire un peu de vente directe, pourquoi pas, si son produit est bon!
A voir également, les Groupes d’Achats Solidaires (G.A.S) qui se développent un peu partout en Belgique et en Europe: des ménages se réunissent et s’engagent auprès de fermiers à acheter leur production en légumes, produits laitiers, viande, à un prix forfaitaire, quel que soit le contenu de la récolte. Les producteurs en retour s’engagent sur un prix, et sur une qualité bio et durable. Cela fait quasi un an que nous participons à un GAS et le plaisir est à la fois culinaire, financier et humain. Et même culturel (je n’avais jamais vu de carottes mauves auparavant, or il s’agit de l’espèce indigène, délaissée pour la carotte orange, fruit d’un croisement entre carotte jaune (carotte orientale – ca ne s’invente pas) et de la carotte mauve (carotte occidentale).
Bref, tout ce que je voulais dire, c’est qu’ il existe des solutions pour nos fermiers et nos campagnes, qui ne dépendent certainement pas des politiques. Elles demandent juste… de la créativité et de l’ouverture d’esprit.