Je sais, c’est la crise. Bien que la fenêtre me révèle un soleil qui brille, une ville qui vaque à ses occupations, une terre qui tourne, un bac à factures qui croît paisiblement au fil des jours, sur les ondes il n’est que ce mot : « crise ».
Hier elle était politique, aujourd’hui elle est financière. Ce décalage provoqué par l’absence de perception corporelle de crises purement virtuelles, intellectuelles, en relation très lâche avec la sphère matérielle est étrange. L’une est centrée sur l’argent, l’autre sur l’identité nationale.
Argent, identité, deux concepts intellectuels, symboliques voire culturels plutôt que des phénomènes naturels objectifs, qui ne s’expriment de manière matérielle qu’au terme d’une longue succession de causes et d’effets, les conséquences de ces crises en terme de souffrances (chômage, pouvoir d’achat… ) pour le citoyen n’ ayant rien d’immédiat. Au risque de choquer, je trouve cela fort regrettable car cela contribue à ce sentiment global et grégaire d’impuissance, au lieu de stimuler notre évolution personnelle et collective. Aucune masse critique ne se constituera pour descendre dans la rue, tellement elles résultent de phénomènes complexes demandant une étude approfondie pour en comprendre les tenants et aboutissants.
Reste que j’ai cette impression tenace d’être plongé dans une hallucination collective scénarisant des crises, ce qui arrange bien les spéculateurs, les politiques au pouvoir et certains médias. La peur, c’est tellement vendeur.
Lire à ce sujet l’excellent article » L’économie de marché, otage de la peur » sur le site du magazine Marianne.