
La récente partie de stratégo politique opposant, non plus seulement les rouges et les bleus, mais également les verts et les oranges, est une merveille du genre. Certes, l’on verra à l’usage s’il se traduira en une réelle avancée vers une société plus… quoi encore? Ah oui, « humaine, durable, sociale » ou quelque chose comme cela.
Quelques motifs d’espoir cependant:
- Moins de ministres, et à part quelques couacs (la recherche et l’enseignement relèveront de deux ministres de partis différents), des portefeuilles cohérents, menant à des « super » ministres, qui auront moins envie (ou le temps) de faire de la com’ vu qu’ils seront occupés à gérer tellement de dossiers que la visibilité sera d’office au rendez-vous.
- un accord de gouvernement beaucoup plus précis et fouillé que précédemment. De nouveau, on verra à l’usage, mais toute personne en charge d’un projet sait l’importance du travail de préparation. Il apparait que les équipes en place sont prêtes à travailler ensemble, en connaissance du projet « global ».
- un climat soudé: l’aventure avec le PS n’est pas pour me plaire, mais qu’est-ce que cela aurait été avec un Reynders qui – malgré sa récente courbe rentrante – ne connait que deux stratégies: l’annihilation ou la flatterie du partenaire. Pour les idées, on repassera.
- last, but not least: Michel Daerden est mis au frigo au Fédéral, qui devient de plus en plus soit le camp de concentration des politiques gênants (Yves Leterme, Michel Daerden), soit le camp d’incubation des politiques à faire murir (Paul Magnette, Wathelet), soit le purgatoire (Marie Arena, qui vient donc de se voir éjectée en enfer: le néant). Encore une preuve que le renversement copernicien voulu par les Régionalistes a déjà eu lieu. Le Prime, c’est maintenant le gouvernement régional. Normal, puisque c’est la circonscription de vos électeurs.
Elio di Rupo a joué un coup de génie à cet égard, et je me dis que c’est une autre bonne raison de l’avoir embarqué dans la majorité en lieu et place du MR. Un type pareil, il vaut mieux l’avoir avec soi que contre soi. D’autant qu’il n’est pas contraire, le bougre. di Rupo et le pouvoir, c’est un peu Gollum et l’Anneau. My preciouuussss….
Daerden au Fédéral, un coup de génie?
Farpaitement.
Permettez-moi d’exposer rapidement mon admiration pour ce coup de foudre soudain pour les talents de stratège de di Rupo:
- rénovation du parti PS: à l’aune de la bonne gouvernance, le personnage de Daerden est devenu, disons, gênant. Après les déclarations de di Rupo suite à l’affaire Donfut, Elio le Dragon ne peut décemment plus remettre Papa aux commandes des Finances de la Région et de la Communauté Francaise. D’ailleurs, ni Ecolo ni le CdH ne le permettaient. Mais 65000 voix de préférences, cela ne se laisse pas frigorifier comme cela. Le Fédéral, c’est le parachute doré de Daerden, pour services rendus au Parti. Il y coulera des jours heureux, pendant deux ans du moins.
- ca emmerde les flamands: en Belgique, tout qui emmerde l’autre Communauté ramène des points à la maison.
Pourquoi cela emmerde les Flamands?
Parce que, de l’autre côté de la Frontière linguistique, Daerden est perçu comme un clown qui ne prétend même pas baragouiner la langue de Vondel, et qui a fait de l’alcoolisme un mode de marketing politique. Mais, ca ce n’est encore rien, c’est du cosmétique. Surtout, surtout, Papa est très très fort pour parler chiffres, particulièrement pour leur faire dire ce qu’il veut. Or, les Pensions, ben, c’est le talon d’Achille du mouvement flamand: la partie de la Sécurité Sociale que les flamands souhaitent garder fédérale (normal, ils y gagnent, la population wallonne étant plus jeune que sa voisine flamande). Maintenant que Papa s’est assis dessus, cela ne va pas être facile de le coincer. Ils devront s’y mettre à plusieurs avant de lui faire signer n’importe quoi à force de coup de maytrank, il a de la descente, le vieux.
Certes, tout ceci n’est que supputation, mais je ne pense pas être fort loin de la vérité. L’avenir nous le dira.