Ok, mon image d’ adulte sérieux et bien dans sa tête va sans doute encore en prendre un coup après ce billet, mais je crois que les effets de la crise financière que nous commençons à apercevoir valent peut-être la peine de se déplumer.

Dans les discussions familiales que j’ai eues au sujet de la crise financière et des sommes énormes que le phoenix gouvernement belge a soudainement trouvé en septembre pour « sauver » l’épargnant, je m’étonnais qu’on ne laisse pas ces entreprises assumer leurs erreurs, comme toute entreprise ou individu.
Après tout, si mon business se plante parce que j’ai joué toute ma caisse au casino, tant pis pour moi, personne, et certainement pas l’Etat ne va venir me faire un gros chèque et me dire « c’est pas bien, ne recommence plus » et puis s’en aller. Non, le marché, la main libre, la concurrence, bref, ce modèle que ces même experts financiers ont utilisé pour s’enrichir pendant des années. Mon raisonnement est simple, à la Jean-Marie De Decker: zeg Yves, on n’aide pas les petits, pourquoi aiderait-on les grands, les riches, ceux qui se sont fait des billes en or pendant des années ?
Or, on l’a vu, le gouvernement d’ Yve Saint-Leterme (la dernière fois qu’on l’a vu, c’était au paradis) a au contraire choisi de dresser un chèque en blanc de X milliards d’euros sur le dos de nos enfants à des banquiers qui ont à peine dû susurrer quelques excuses pour avoir préféré graisser la patte de leurs actionnaires plutôt que celles de leurs clients, ceci, disti, pour « protéger les épargnants » et éviter une (trop) rapide glissade vers la récession.
Quelques mois plus tard, je ne suis pas d’avantage convaincu que la manoeuvre valait son coût, et surtout assortie de si peu de conditions? Même aux USA l’Etat a cherché à garantir qu’il récupérerait ses billes une fois la crise passée (bel optimisme, sont fort ces ricains). Et ces investisseurs si assoiffés de dividendes juteux, pourquoi ne serait-ce pas eux qui devraient payer ces x milliards d’euros? Si on était un politicien et qu’on avait, je sais pas moi, disons 15 minutes de courage politique collectif, on pourrait peut-être instaurer la taxe Tobin et procéder à plus de régulation? On en a parlé, rappelez-vous au début, mais observez comme petit à petit, la jolie chanson de la régulation du secteur se fait chaque jour plus discrète. Il n’y a guère plus que dans l’opposition qu’on la chante encore.
Vous verrez : nous sommes engagés dans une fuite en avant depuis trop longtemps pour faire machine arrière. La machine est simplement trop lourde et hors de contrôle. Nous n’en sommes qu’au début d’une série de soubressaux, car la bête est bel et bien morte. On annonce la couleur de la prochaine quinte de toux: les pays en voie de développement ne pourront plus rembourser leurs dettes aux pays riches, principalement l’ Europe. Des centaines de milliards d’euros vont partir en fumée dans les prochains mois.
Alors voici mon conseil: trouvez-vous un lopin de terre et apprenez un vrai métier, genre qui produit quelque chose, je sais pas moi, apprenez à cultiver, ca pourra toujours servir.
Sur ce, bonne année 2009, ah ah ah !
A nouveau, chapeau pour ces réponses informatives et bien articulées.
Concernant le bailout accordé aux constructeurs automobiles américains, j'ai lu sur un blog ricain hier(voici le lien: http://www.ideasonideas.com/2008/12/how-to-save-d… une proposition intéressante qu'il est peut-être utile de garder à l'esprit: le diagnostic de l'auteur est que GM est devenu un guggernaut trop lourd pour se réformer. Il préconise donc de laisser le géant s'écrouler (no bailout) ou alors, bailout mais on fragmente le monstre en autant de sociétés qu'il ne possède de marques, pour restaurer une concurrence et une course à l'innovation. C'est un peu brut de coffrage, mais au moins le bailout est combiné à des conditions radicales, ce qui n'est pas le cas chez nous. Ici, je parie qu'ils n'attendent qu'une pause dans la crise pour recommencer à faire du fric par tous les moyens, histoire "de se refaire".
Houla, sujet chaud, Alexandre.
Pour commenter la fin en premier, ca fait en effet un moment que je dis autour de moi que la chevre et le choux sont les actifs du futur question investissement…!
Pourquoi a t on sauvé les banques ? Fondamentalement, je suis tout a fait d'accord avec l'idee que si quelqu'un devait sauver ces institutions, c'etait leurs actionnaires. Faute de quoi, on pouvait prononcer la faillite, et liquider en bon ordre. C'est la que le bat blesse : bon ordre. Si une institution qui tient en depot non seulement l'epargne de millions de Belges mais également la trésorerie de milliers d'entreprises, les avoirs de milliers d'indépendants, qui fournit a des milliers d'autres entreprises leur besoins en fond de roulement, etc… est mise en faillite, il faudra au mieux plusieurs semaines avant que la liquidation ne permette aux créanciers prioritaires de retrouver leurs biens, et beaucoup de difficultés aux emprunteurs pour se refinancer ailleurs (dans de nombreux cas, la banques est encore heureusement un metier de relation et de confiance, qui ne se construit pas en un jour). Si la plupart des epargnants ne perdent pas grand chose a attendre, nombre d'entreprise seront cependant en difficulté rapidement.
Meme si le monde bancaire est odieux dans ses pratiques actuelles , le fond du métier est un rouage indispensable a la continuite et au fonctionnement de notre systeme economique (qu'on peut ne pas aimer par ailleurs).
Ceci appelle deux remarques :
- les actionnaires : ils sont assez nuls en général. J'ai le sentiment que peu d'actionnaires de ces institutions furent reellement en mesure de comprendre la nature et les tenants et aboutissants de l'activité dans laquelle ils investissaient. De manière générale, la bourse et l'actionnariat ne veulent plus dire grand chose. Ils ont perdu leur role, qui etaient de financer socialement (a plusieurs) les entreprises encreant un lieu de rencontre entre investisseurs et entrepreneurs, pour devenir un temple de la speculation, c'est a dire de l'achat-vente en vue d'un profit a relativement court terme. C'est, en passant, un trait typique du capitalism anglo-saxon, par opposition au capitalisme "rhénan"ou historiquement ce sont les banques qui ont là aussi joué le rôle d'intermédiaire en prenant des participations dans les entreprises à l'aide des fonds récoltés dans le public. Les entreprises et leurs conseils de direction ne sont pas moins fautives, en ce qu'elles ont d'une part joué le jeu des actionnaires (toujours plus de rendement à court terme) en les maintenant soigneusement à l'écart (pour que les actionnaires puissent sauver leur banque, dans les conditions du mois d'octobre, il aurait fallu qu'ils puissent réagir rapidement, donc avoir de l'information rapidement et de manière transparente, et ne pas avoir à convoquer une AG, procédure d'une lourdeur insupportable dont on se demande si elle sert à autre chose qu'à consommer des petits fours en regardant des diapositives colorées)
- les institutions financières : elle remplissent en partie un role qui (ici aussi ;-) ) relève du bien public : création de monnaie, réceptacle d'épargne sans risque (soi disant), intermédiation entre agent en surplus et agent en déficit (épargnant et emprunteur). Dès lors, peut on les considérer comme des entreprise comme les autres, leur appliquer le même droit commercial, les même réglementations? A l'évidence non, en tout cas pour ce qui relève de l'activité de banque commerciale (pour ce qui est bidouille, trading, conseil, etc… pas de problème). Si l'on compare la situation des banques et celle par exemple de l'industrie automobile, les réactions et mesures ne peuvent pas être les mêmes. Les paquets de dollars récemment accordés aux entreprises automobiles américaines n'ont que deux effets : renflouer les actionnaires et les possesseurs d'obligations, et prolonger un peu l'agonie d'un secteur dépassé et sans avenir dans sa forme et sa structure actuelle. Ces entreprises la, je les aurais bien laissé faire faillite, avec une liquidation/restructuration qui aurait remis les choses à plat. Mais les banques commerciales, c'est plutot un système parallèle de curatelle qu'il faudrait leur imposer. Prise de controle par l'organisme régulateur, défaut sur une partie des créances, poursuite de l'activité de nature "bien publique" avec la garantie de l'état. Un tel régime n'existe pas chez nous à ma connaissance…
Mais comme tu dis, la fuite en avant est engagée depuis très longtemps déjà, et on court tellement vite en descente qu'il va être difficile de s'arrêter sans casse. Sachant que pour rembourser les intérets de demain ils faudra plus de dettes demain… Le système monétaire actuel est une abomination…
Comment alors entamer 2009 avec optimisme ? Pas facile. On peut toujours entamer 2009 avec de bonnes résolutions. Je suis retombé hier sur un entretient avec Castoriadis datant de 1994, qui peut fournir quelques pistes de réflexion, sans parler de solution ni d'optimisme…
http://www.republique-des-lettres.fr/232-corneliu…
Meilleurs veux,
Benoit.