Le pouvoir d’être
Mes chers concitoyens,
Bénie soit cette période des soldes qui voit les vitrines les plus trendy afficher en grand le mot “SALE”. Une période que les laveurs de vitres non anglophones voient faste, imaginant déjà, bouchée bée et langue pendante, les titres services s’accumuler dans leurs mains calleuses. Hélas, point de lendemain qui chante pour eux non plus, ce n’est qu’un faux ami venu de la Perfide Albion, une illusion, un mirage, et si l’on avait imposé des cours d’anglais élémentaire à nos amis techniciens de surface transparente, adeptes du reflet juste, le taux de suicide dans la profession n’en serait pas là. Chaque année, la même chose, le même drame. Des milliers de laveurs de vitre de par le monde qui se défenêstrent, victime de la mixture linguistique mondialisée. On en parle jamais: souffrez aujourd’hui que je me fasse leur porte parole.
Car au fond, on le devine, le vrai coupable, c’est le pouvoir d’achat ! Encore lui, toujours lui, l’ennemi public numéro uno qui traine son ombre partout.
Notre pouvoir d’achat, le mien en tout cas, a le mouron, il fait le gros dos et refuse de s’alimenter. Au contraire, il vomis ses entrailles par gros morceaux à peine mâchés, se vidant de sa substance dans un râle assourdissant, je crois qu’il est atteint d’anorexie. Docteur, est-ce que c’est grave ?
Ou devons-nous tuer Epicure pour revisiter Diogène ?

Au fond, je le crois. Et je crois même que ce n’est pas si difficile, c’est un état d’esprit. Tenez, par exemple, j’aime bien les pâtes au beurre, surtout avec des épices de Ducros-qui-se-décarcasse, version “special Spaghetti Mix”. Moi qui ai toujours rêvé d’être astronaute, et bien au moins maintenant, je bouffe comme eux, c’est déjà cela non ? Mais oui mes amis, au final, l’essentiel n’est-il pas d’être? Notre pouvoir d’achat disparaissant, ne fait-il pas plus de place pour notre pouvoir d’être, tout simplement?
Autre exemple de philosophie appliquée: saviez-vous que pendant qu’on se prend un bad trip collectif sur quelle communauté déflore l’aperture anale de l’autre, la sonde Messenger a découvert de l’eau dans l’atmosphère de Mercure, la planète la plus proche du Soleil qui, théoriquement, n’aurait jamais pu en avoir? Cette découverte qui bouleverse nos conceptions de la physique est-elle moins importante pour notre avenir que la réforme d’ un Etat dont sa partie majoritaire n’a cure ? Moi, en tout cas, entre les nuages de Mercure et BHV, je sais ce qui me fait le plus rêvasser.
Répétez après moi: BHV ? On s’en fout. Leterme? On s’en fout. La Belgique? Mon dieu, I couldn’t care less. Franchement, où sont les priorités, les vraies ? Certainement pas les gesticulations pétitionnaires de citoyens désoeuvrés.
Quid de la qualité relationnelle, du temps passé à deviser en famille ou avec ses potes, à cultiver ses passions et embellir son musée intérieur de rires et d’accolades, ou simplement de temps passé à ne rien faire, absolument rien, toutes ces aspirations légitimes que l’on ne perçoit jamais chez nos négociateurs en chef et leurs pairs, trop occupés à montrer comme ils en ont une grosse, de paire, pour mieux dissimuler leur trouille de prendre une seule, une toute petite, une minuscule décision un petit peu courageuse et un rien pragmatique, comme par exemple, de laisser s’épanouir Bruxelles dans l’intérêt de tous.
Je suis donc extrêmement heureux de vous laisser pour partir en vacances en famille, et de vous souhaiter de très bonnes vacances, pleine d’être, et avec aussi peu d’avoir que possible. Vive Diogène, et vive le pouvoir d’être !
Réactions (2 commentaires)
Vive le pouvoir d’être et l’achat du pouvoir!
Vive MC Houard (qui aurait pu faire DJ avec un nom pareil) et vive les vitrines sales!
Bordel!
Francois T / 09.07.2008, 05:53
Et en plus, l’essentiel n’a pas de prix!
Article interessant
Emmanuelle G / 09.07.2008, 15:36
Qu'en pensez-vous?