couverture du
Ca alors, Jean-Marc Nollet sort un livre, et en plus, ca à l’air bien !

Ce ne sont pas les dysfonctionnements du système qui sont intenables, mais son fonctionnement même.
(…) Le compromis historique entre capital et travail doit désormais s’ouvrir à une troisième composante : la nature. L’environnement devient alors un puissant facteur de relocalisation de l’emploi.

A crise systémique, réponse systémique.

Le Green Deal est une rupture et une invitation. Une rupture avec le sacro-saint « toujours plus » : plus riche, plus grand, plus vite. Mais également une invitation à rechercher désormais un « toujours mieux ». Il s’agit de remettre la question du sens de l’activité humaine au centre du jeu et, sur cette base, de construire une alternative politique pour une autre société.

Qu’un politique écrive un livre est fréquent. Le sympathique Rudy Arnoudt vient d’ailleurs d’en commettre un pour lancer son nouveau parti LiDé . On devine dans quel magazin il a pécho l’idée du nom. On ne m’enlèvera pas du ciboulot que ce parti, c’est un peu le hard-discount du débat politique, mais je digresse.

Il y a fort à parier que d’autres vont suivre, campagne électorale oblige. J’imagine déjà les titres: « Balle au centre« , par Joà«lle Milquet et Yves Leterme, « Gouverner à vue » par André Antoine, « Moi, Elio » par Elio, « Bleu de vous » par Didier Reynders et ses nègres, etc….

Qu’un politique écrive son opus lui-même est déjà plus rare. Et que, hormis les journalistes politiques et les obligés, des gens le lisent, c’est carrément exceptionnel.

Moi, je ne suis ni journaliste politique, ni un obligé du remuant Jean-Marc Nollet, mais je trouve le propos à priori alléchant: profiter de cette crise systémique pour repenser le système en replaçant la question du « sens » et de la qualité au centre du nouveau système. Dans son annonce, Nollet utilise certains mots clef qui ne laissent aucun doute sur son angle d’attaque. Des termes tels que « rupture » (Nicolas Sarkozy s’en veut le champion, peu convaincant) , « Green Deal » en référence au « new deal » (Obama et le « Spread the wealth around »). Que vous soyez ou non des fans de nico et de barry, reconnaissez qu’il y a pire comme source d’inspiration: deux populistes talentueux (le populisme n’est pas forcément péjoratif lorsqu’il désigne, comme Sartre, celui qui parvient à impliquer les gens dans le débat politique), qui, on le voit, provoquent un changement profond dans la manière de se vendre ou de vendre ses idées en politique.

Cela étant, je ne me fais guerre d’illusions: sauf surprise, ce type de littérature est plus au service de l’écrivain que du lecteur, et annonce une campagne électorale dans laquelle Ecolo veut se profiler comme l’acteur de la réforme profonde de notre société. Puissent-ils le faire en gardant ce qui a construit leur crédibilité au fil des ans: un parti qui avance des idées audacieuses issu d’un dialogue constant avec les milieux académiques et scientifiques, et non des bureaux de communication et autre Think Tank conservateurs.

A cet égard ce livre semble de bon augure, car un livre a au moins le mérite de mettre des arguments sur la table et de placer le débat un peu plus haut que de la sempiternelle question du: « on va à gauche ou on va à droite? ». Nollet décrit ici une vision à long terme, ce qui manque cruellement dans le débat politique belge. Cela permet également de juger de la « profondeur » de la réflexion d’un candidat au pouvoir en lui donnant l’espace pour articuler sa vision, ce que n’offre pas un débat dominical à la retebefe.

Enfin, avec ce livre, je devine qu’Ecolo veut, comme Obama et comme Sarkozy, bousculer les clivages habituels gauche, droite. Audacieux, reste à voir si la population suivra. Moi en tout cas, j’en serai, surtout si Ecolo continue à ne pas verser dans le discours consensuel et pathos du Cdh et du PS et à ne pas succomber à la vacuité provocatrice du MR. La Belgique a besoin de réflexion profonde et des hommes et femmes capables de les concrétiser dans des actes, non pas de petites phrases assassines alimentant la médiocrité ambiante, et partant, la désaffection de la politique par les citoyens. Pour ce nouveau monde à élaborer, il faut pouvoir rassembler et prendre le meilleur de chaque courant: l’écologie politique (le sens du devoir plutôt que le goût du pouvoir – la qualité plutôt que la quantité), la philosophie libérale (l’initiative, la créativité et le respect de l’individu) et la solidarité basée sur le droit à l’autonomie, qui aide ceux qui chutent à se remettre en marche. Comme acte fort et fondateur, il faudra aussi oser réformer l’Etat, créer des marges en faisant des économies en dégonflant ses effectifs plantureux dont l’inefficacité coûte très cher aux citoyens et est également source de désaffection, de frustration et de démotivation dans ses propres effectifs. « Toujours mieux », plutôt que « Toujours plus », c’est toi qui l’a dit Jean-Marc. Si Ecolo est au pouvoir, il faudra qu’il assume.

Dès que j’en obtiens une copie je feuillèterai ce bouquin et vous ferai part de mes impressions. Je ne comprend d’ailleurs pas qu’ils ne mettent pas une version PDF disponible gratuitement. Ils veulent pousser à la consommation de papier ou quoi?

Vous pouvez vous procurer le livre ici.