Je ne suis pas certain de l’intérêt écologique de cette innovation, mais l’impact qu’elle risque d’avoir sur les choix politiques en matière énergétique (les non-choix pour ce qui concerne la Belgique) me pousse à en rendre compte: la spin up américaine Carbon Sciences a publiquement annoncé avoir mis au point une technique bon marché permettant de convertir le CO² atmosphérique en blocs d’hydrocarbures pouvant servir à la création de carburant, que ce soit de l’essence, du diesel ou du mazout de chauffage.

Un peu de chimie: pour produire du pétrole, la nature, (ou Dieu, selon les crétinationnistes), a permis, via la décomposition de matières organiques, à des molécules de carbone de se lier à de l’hydrogène, créant ainsi, boum,boum, des hydrocarbures. Comme vous le savez sans doute, de ces hydrocarbures l’homme a tiré les différents carburants qui font aujourd’hui tourner notre économie ( et accessoirement, produit une pollution dont les conséquences sur notre santé sont considérables, foi d’asmathique, keuf, keuf). En général, plus la concentration de carbone dans l’hydrocarbure est importante, plus le carburant produit est explosif.
Simple, non? Evidemment, celui qui parviendrait à se substituer à Mère Nature en reproduisant le phénomène deviendrait riche, immensément riche. Le hic, c’est que les plus grandes concentrations de carbone, atome supportant difficilement la solitude, se trouvent naturellement mélangées à l’oxygène, formant ensemble un couple très soudé, le CO² ou dioxide de carbone. Or, le CO² est un couple du genre stable, hyper stable même, et l’énergie nécessaire pour séparer le carbone de l’oxygène rend l’entreprise peu rentable.
C’est là que Carbon Sciences arrive avec sa méthode basée sur un processus biocatalytique (un terme qui, dans la novlangue scientifique, signifie grosso modo qu’il ya transformation chimique grâce à l’intervention de molécules naturelles) permettant de produire de grandes quantité de fuel à l’état liquide et gazeux à partir de CO² atmosphérique, et ce, sans devoir utiliser de molécules onéreuses dans le processus. (Pour les apprentis chimistes parmi vous, le processus est décrit dans le détail ici).

Comme je le disais, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne nouvelle pour l’environnement : à tout le moins son utilisation de masse n’augmenterait plus la quantité globale de carbone dans l’atmosphère, mais elle ne le diminuerait pas non plus, et diminuerait, voire découragerait sans doute la conversion aux sources d’énergie vertes (éolien, solaire, géothermie, marées…), ainsi que l’investissement dans des modes de transport propres. Pourquoi les constructeurs automobiles investiraient dans de nouveaux types de moteurs si le pétrole devient une ressource pérenne ?
Bon, ce n’est pas pire que le biofuel, qui génère tout de même du CO² et provoque des modifications malvenues dans le secteur agricole, tenté de se détourner des cultures destinées à l’alimentation, jugées peu rentables, préférant celles destinées à la production de biocarburant. Mais cette innovation constitue un très mauvais signal pour le monde politique qui sera probablement applaudie par les multinationales du pétrole. On n’est pas rendu, non madame.
Génial, mettez cela en production et vous êtes le Bill Gates des hôtes de ces bois !!!!
Un sympathisant amoureux fou des innovations.