Je ne sais pas grand chose, et ce que je sais, en général, je l’oublie. Mais il y a tout de même un truc que je sais, c’est que l’aventure humaine constitue pour moi un critère décisif dans mes choix professionnels. Et avec le recul, ce que je garde de positif de mes quelques années de freelance ( par ailleurs oh combien douloureuses fiscalement), ce sont les gens que j’ai rencontrés et les projets que nous avons réalisés ensemble.
Olivier Rubbers figure dans mon top 5 des clients les plus exceptionnels: un self-made man wallon, quadrilingue associant son amour de la nature à un don certain de la communication. Il fait partie de ces hommes engagés, qui ont un rêve, une vision, et choisissent de la vivre à 100% en en faisant leur activité, contre vents et marées, advienne que pourra, alea jacta est, fortissimi sunt belgae, voire, si tout va bien, veni, vedi, vici. Les Bruxellois regardent souvent les Wallons de haut. Dans ce cas-ci, préparez à lever votre regard vers le ciel et gare au torticolis. Mieux, enfilez vos bottes et laissez le guide vous présenter les castors de Wallonie.
Ladies and gentlemen, let me introduce you to Olivier Rubbers, alias « Monsieur Castor ».

Photo Bauduin de Menten
Olivier Rubbers, je te connais pour deux trésors cachés de la Wallonie: les terrils et les castors. Quel est le fil conducteur qui t’a permis de les relier ?
Tout simplement, la nature.
Les terrils sont des habitats naturels exceptionnels, d’une grande richesse et d’une grande originalité écologiques, créés par l’homme pendant 8 siècles de son histoire industrielle chez nous, en Wallonie.
Les castors sont des espèces indigènes et de véritables promoteurs immobiliers en réserves naturelles. Ils construisent des barrages, développent des zones humides et les gèrent en évitant la refermeture par la végétation (coupes).
Comment as-tu découvert les terrils pour la première fois ? Qu’est-ce qui te plait dans ces terrils ?
Je viens du Tournaisis oû les terrils n’existent pas. J’ai découvert ces montagnes fantastiques voici à peu près 15 ans, presque par hasard, en me promenant.
Ce qui me plait dans les terrils, outre leur intérêt en tant que refuge naturel, est leur caractère fantastique, irréel. Les paysages sur les terrils ne correspondent à aucun repère connu. Ils semblent imaginaires, comme, par exemple, le Pays Maudit des Schtroumpfs. Et je me demande dans quelle mesure Peyo, qui travaillait aux Editions Dupuis à Marcinelle, ne s’est pas inspiré des terrils.
Et les castors, qu’est-ce qui t’est passé par la tête le jour oû tu t’es dit : « je vais promouvoir leur réintroduction en Wallonie » ?
J’ai eu cette idée en lisant un article intitulé « Notre bièvre », autrement dit en vieux français, « Notre castor », écrit par Gilles Blondiau, un des seuls belges à l’époque qui connaissait quelque chose au castor.
Je me suis dit: une espèce indigène, de chez nous, va revenir. En soi, c’est déjà merveilleux mais cet animal génial va, en plus, construire de la nature (e.a. zones humides). Que rêver de plus?

Photo Bauduin de Menten
Ton association s’appelle les Rangers. Pourquoi ? Vous domptez des mustangs?
Rangers fait référence aux gardes des parcs naturels au Canada. L’idée est que les citoyens veillent amoureusement à leur environnement comme un Rangers veille à son parc naturel.
Le mot « Rangers » s’inscrit donc dans une démarche éducative pour la protection de la nature.
Y a-t-il un risque de surpopulation des castors en Wallonie? Doit-on craindre pour nos maisons?
Une famille de castors se compose d’un couple et de 2-4 castorins. Elle nécessite un territoire de 5 km de rivière. Une surpopulation de castors est aussi inconcevable qu’une surpopulation de hiboux grands ducs ou de lynx. Ces animaux s’auto-régulent car ils sont territoriaux. On parle de concurrence intraspécifique.
Le castor ne présente pratiquement aucun risque significatif pour quoi que ce soit. Par contre, son rôle écologique et économique est énorme. On peut citer à titre d’exemple les fonctions suivantes:
- développement de la biodiversité et e.a. des populations de poissons
- épuration des eaux de surface par lagunage
- prévention des inondations
- prévention de la sécheresse
- prévention de l’érosion des cours d’eau
- diminution de l’apport de terres (boues de dragage) dans les retenues artificielles et les cours d’eau navigables
- création de terres fertiles dans le long-terme
- etc…
Quand le castor a-t-il disparu de nos régions?
Vers 1899, en raison de la chasse pour sa fourrure.
Il vivait en Wallonie depuis 15 millions d’années, contre 35.000 ans pour l’Homo sapiens.
A te lire, on en rêverait que la Wallonie remplace le coq par le castor sur son drapeau. Blague à part, que pense-tu de la gestion du patrimoine naturel wallon par les politiques wallons? Bien? peu mieux faire? Collabores-tu avec la région, que ce soit avec les terrils ou les castors, ou fonctionnes-tu en électron libre?
Ce n’est pas une blague. Le coq n’est pas un bon symbole pour la Wallonie. Sa seule qualité est de se lever tôt. Pour le reste, il est macho, fanfaron, lubrique, agressif et chante les pieds dans le fumier. Le castor a l’esprit de famille, il est modeste, travailleur, pacifique et très décontracté: c’est un emblème magnifique pour la Wallonie. Nous le revendiquons.
La gestion de l’environnement par la Région wallonne est catastrophique. La corruption des modes de fonctionnement à tous les niveaux est la règle plutôt que l’exception: une authentique république de peaux de bananes. Mais cette gestion s’améliore malgré tout à grands pas, grâce principalement à la pression de la Communauté Européenne et à l’évolution de l’opinion publique.
Un litige t’oppose à la Région Wallonne je crois, concernant l’introduction des castors. Peux-tu expliquer?
Aucune règle de droit n’interdisait la réintroduction de castors au moment des prétendus faits. La Région wallonne estime qu’elle seule aurait pu réintroduire le castor. A défaut de loi, elle essaie de me faire condamner à l’entourloupe. Ce qui m’effraie, c’est que les magistrats wallons jouent le jeu. Après ma troisième condamnation, je me suis pourvoyé pour la deuxième fois en Cassation. L’issue du procès me sera sans doute communiquée par une infirmière quand je serai dans un home de personnes âgées.
Quels sont tes projets à venir ?
Le développement de l’écotourisme au Pays des Castors et dans la Chaîne des terrils, « les petites Alpes en Sol mineur ».
La protection de l’environnement sous ses différentes formes (gestion des déchets, des habitats naturels, etc.).
Comment le public peut-il soutenir votre action, voire s’impliquer activement à vos côtés ?
Y a du travail pour toutes les compétences dans tous les domaines environnementaux.
Par exemple:
- En venant en tant que visiteurs à nos excursions à la découverte des sites de castors ou à la découverte des terrils
- En suivant nos formations pour devenir Guide Castor
- En nous aidant à assurer le suivi et la protection des populations de castors en Belgique.
- En nous aidant à protéger et valoriser les terrils d’un point de vue écotouristique – www.terrils.be
- En nous communiquant des atteintes à l’environnement de façon documentée (reportage avec appareil photo numérique + commentaires)
Et de nombreuses autres façons selon vos compétences et vos disponibilités!
Voilà , cette entrevue est terminée. Pour plus d’information sur les terrils, visitez (http://www.terrils.be) et sur les castors, visitez (http://www.paysdescastors.be) .
La photo utilisée n'est normalement pas libre de droit. Personnelement, je suis plutôt copyleft… Vous pouvez l'utiliser, mais merci de donner la source (Photo B de Menten – http://www.buvettedesalpages.be).Bien à vous
c'est corrigé ! Désolé pour cette omission !