Didier, Joà«lle, Elio, Yves et les autres sont euphoriques: ils ont réussi à se mettre d’accord sur quelque chose. Oh, pas grand-chose, mais c’est déjà cela. Du coup, la crise de 282 jours qui « mine » la Belgique (en tout cas sur le plan médiatique) se termine. Voeux pieux (update: lire la réaction d’Ecolo, pas piquée des ver(t)s). Ils peuvent bien nous en remettre du « création de 200.000 emplois », à juger de ce qui arrive, c’est plutôt la préservation de 200.000 emplois qu’ils devraient promettre.

Qui veut du Sub Prime?

Car la Crise, la vraie, celle qui va gonfler les statistiques des CPAS et du minimex, est à nos portes, et cette bande d’handicapés de la vision sociétale n’y pourront rien. Ceux qui, tels Christine Lagarde (Ministre des Finances de la République Française), pensent que la crise des « subprime » est derrière nous peuvent toujours appliquer la méthode Coué destinée à rassurer les investisseurs, cela ne changera rien au fait que la bulle financière est en train de vivre sa plus grosse crise depuis WW2, car elle se consume par sa base. Se n’est pas moi qui le dit, c’est Olivier Pastré, professeur d’Economie à Paris VIII et membre du Cercle des économistes, coauteur de Dr Jekyll and M. Subprime. Aujourd’hui est paru sur Marianne un article extrêmement inquiétant, décrivant l’engrenage dans lequel nous sommes engagés (article signé Sylvain Lapoix). Pour les pressés, en voici mon résumé.

Ne m’appelez plus «subprimes»…

Jusqu’ici, le monde était partagé en deux : d’un côté la saine et prometteuse économie européenne, de l’autre, une économie américaine vérolée et perverse qui mettait dans le même lit la finance, la bourse, la dette publique, etc. Cette fable se nommait « découplage ». « Une invention des marchés financiers, selon Jean-Luc Gréau, économiste, ancien expert du Medef. Si les Etats-Unis avaient des relations financières plus équilibrées avec le reste du monde, il y aurait moins de subprimes dans les fonds européens ! En misant sur une économie de la demande, les Etats-Unis font supporter la croissance aux ménages et à leur endettement. D’oû la nécessité de vendre de la dette à tout bout de champ. » Ainsi, en douce, des « produits dérivés » de prêts immobiliers américains passent l’Atlantique, important avec eux les germes de la crise en Europe. Et leurs caravelles se nomment « fonds d’investissement », « hedge funds » et autres « banque d’affaires ».

La terrible déroute des coupeurs de dette

Le processus de transformation de crédits en produits financiers (la titrisation) est, selon Olivier Pastré, le fond du problème : « La question des subprimes n’est que la partie émergée de l’iceberg : la crise de confiance sur les marchés est causée par une inquiétude vis-à -vis de la titrisation en général, analyse-t-il. Mais les banques centrales ont contribué à l’entretien de ce système de mutualisation des risques qui devait éloigner les crises ultérieures. » Ainsi, la titrisation a permis de dynamiser l’économie mondiale pendant de nombreuses années.

KKR, un fond star des agences de notation, tombé dans la crise.

Au cÅ“ur du système de la titrisation, les fonds d’investissements sont rois. Car, quand une dette est contractée auprès d’une banque, ce n’est plus le banquier qui la gère mais le fonds auquel il a confié cette dette. Ce « capital risque » (pour une dette, son remboursement futur) est revendu sur les marchés, injecté dans d’autres produits financiers, réduit en poudre de perlimpinpin que les petits chimistes des fonds spéculatifs dispersent aux quatre vents.

Mais alors, que se passe-t-il quand le « risque » devient réalité ? Quand les milliers de foyers américains endettés sont en rupture de paiement ? Comme le long d’une traînée de poudre, l’étincelle remonte le chemin de la titrisation : les banques se retournent vers les fonds d’investissements à qui elles ont vendusla dette qui, ne pouvant la rembourser, vont frapper à la porte de tous ceux qui l’ont rachetée. La valeur des produits financiers étant basée sur la capacité des ménages à rembourser leur crédit, celle-ci s’effondre, emportant dans sa chute les actionnaires, les fonds d’investissements et les banques. Plus personne ne veut acheter des obligations ou des actions de banques qui ne sont plus solvables. Dernière victime de la chute des maisons financière, la banque Bear Stearns a vu son titre perdre 47% de sa valeur depuis vendredi 14 mars. Même traitement pour des fonds comme KKR (un des colosses des marchés), qui paient aujourd’hui au prix fort la stratégie de titrisation des prêts immobiliers américains.

Les taux de change : le trou financier dans le « mur de l’Atlantique »

L’inquiétude qui saisit les investisseurs face à ces faillites en série remet au goût du jour les « valeurs refuges » : matières premières, monnaies fortes, etc. Un repli dangereux puisqu’il se heurte à la flambée des métaux et énergies (pétrole, or, cuivre, etc.) et à une surévaluation de l’euro doublée d’une crise du dollar. Par un effet de vases communicants, la « bulle » des subprimes se dégonfle en faisant grossir celle des matières premières et de l’euro.« Les crises financière et monétaire se renforcent l’une l’autre comme si la force de la mondialisation se retournait contre elle, analyse Eloi Laurent, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). L’excédent commercial de la zone euro vis-à -vis des Etats-Unis est en train de se transformer en déficit. Un euro à 1,40$, c’est un problème. A 1,60$ c’est une catastrophe ! »

J’ai comme qui dirait l’impression que les fana de la décroissance vont encore gagner quelques adeptes. A quelque chose malheur est bon.