Peu de gens – dont votre serviteur – comprennent exactement le pourquoi du comment, le comment du pourquoi de la crise financière qui n’en finit pas de faire apparaitre des rondelles sous les bras-de-chemises de nos banquiers préférés. Or, Mark Chu-Carroll, un employé de google, l’explique admirablement. En anglais of course, aussi je vous propose mon résumé traduit, histoire que vous aussi puissiez la ramener à la machine à café. Y a pas de raison que ce soient toujours les mêmes qui ramassent, non mais.

TCHAC TCHAC http://www.tchactchac.net/?p=372
La situation est à la fois très complexe, et très simple.

La version simple? Des tonnes et des tonnes de gens ont fait des emprunts stupides qu’ils ne pourraient jamais rembourser.

Mais bien sûr, ce n’est pas aussi simple.

Tout a commencé par un grand bordel au niveau des prêts hypothécaires. En bref :

  1. les gens aiment acheter des investissements sûrs.
  2. les hypothèques ont toujours représentés un investissement très sûr, ce qui est normal: on est prêt à beaucoup pour ne pas perdre sa maison.
  3. Les banques se sont rendues comptes qu’elles pouvaient faire beaucoup de thunes en groupant des prêts hypothécaires dans des bons qu’elles pouvaient ensuite vendre, se faisant une commission au passage, et transférer le risque vers l’acquéreur du bon.
  4. Ces bons devinrent incroyablement populaires. Des tonnes de gens et de sociétés voulurent en acheter.
  5. Il n’y avait pas suffisamment de prêts hypothécaires de qualité disponibles pour constituer les bons que les gens voulaient acheter.
  6. Alors les banques ont commencé à accorder des prêts hypothécaires à un public moins riche, des gens qui ne pouvaient les rembourser, utilisant ensuite des techniques élaborées et malhonnêtes pour dissimuler l’insécurité liée à ces prêts.
  7. Les gens qui souscrivirent à ces prêts hypothécaires ne purent évidemment pas les rembourser.
  8. Les banques jouent les innocentes vierges effarouchées: « oh mon dieu, qui aurait pu prévoir qu’il y avait tant de prêts insolvables !!ouin, ouinnnnnn, quelqu’un doit nous aider, au secours !! « 

Ce qui se passe aujourd’hui est la conséquence directe de cet écroulement de l’hypothèque, et procède du même schéma, mais à une échelle beaucoup plus grande. Prêter de l’argent, cela rapporte. Assembler des empruns dans des packages d’investissement cela rapporte énormément et cela semble, en apparence, sans risque.

Evidemment, lorsqu’une occasion se crée de se faire beaucoup d’argent, ca attire beaucoup de monde. Et de manière toute aussi évidente, tout comme avec les hypothèques, il y a une limite: la réalité. Il n’y a qu’une certaine masse d’argent qui peut être empruntée à un moment donné par des gens qui peuvent le rembourser. Mais il y avait tellement d’argent à se faire que, alors que les prêts de haute qualité se faisaient rares, on a commencé à chercher d’autres trucs qu’on pouvait faire passer pour des investissements. Evidemment, étant donné que les gens qui achètent ce type d’investissements cherchent typiquement des investissements sûrs, ils ont besoin d’éléments crédibles pour dire « ceci est un emprunt sûr ». C’est à partir de là que la stupidité a pris le dessus sur le réalisme.

Comment fait-on pour prendre un paquet d’empruns peu sûrs et les rendre… sûr? Eh bien, que faites-vous lorsque vous achetez un bien cher, comme une voiture, pour éviter qu’un accident réduise votre investissement à néant? Vous prenez une assurance !

C’est grosso modo ce que les banques d’investissement ont fait. Elles ont fourgué des prêts de merde que n’importe quelle personne saine aurait refusé, et ont ensuite acheté des assurances pour garantir leur valeur d’achat.

Bon alors, chez qui ces banques se sont-elles assurées? Elles se sont assurées entre elles !

Donc, elles ont assemblé des tonnes de prêts qu’elles savaient pertinemment être risqués, et les transformèrent en investissement apparemment sûrs, par le biais d’ assurances. C’était de la blague, bien évidemment: l’assurance n’existait pas car au final, ceux qui vendaient ces prêts comme des investissement sûrs étaient les mêmes qui les assuraient!

Par conséquent, ce qui arrive aujourd’hui est le résultat normal et naturel. Supposons que la société A accorde des prêts foireux, et achète une assurance pour ces prêts à la société B, et que la société B accorde des prêts foireux et achète une assurance pour ces prêts à la société A. Et boum, les prêts de la société A et de la société B s’écroulent en même temps – les deux sociétés découvrent qu’une grande partie de ces prêts ne seront jamais remboursés. Alors la société A va vers la société B pour réclamer que son assurance couvre les prêts non remboursés, et pareil, la société B va chez A pour obtenir sa couverture d’assurance. A et B sont dans le caca, comme dirait ma fille.

C’est un dessin au gros trait de ce qui se passe actuellement: des quantités énormes de prêts ont été distribuées sans la moindre solvabilité; pleins de gens et de sociétés ont acheté ces prêts croyant qu’ils étaient sûrs alors qu’ils ne valaient même pas le papier sur lequel ils étaient imprimés.

Mais la stupidité ne s’arrête pas là . Lorsque l’on achète une dette sous forme de bon d’investissement, on reçoit une évaluation qui vous indique le risque que vous prenez avec cet investissement, comme par exemple « AAA », ce qui représente l’investissement le plus sûr. Qui donne cette évaluation? des agences de notation (« Bond-rating agencies »). Qui les rémunèrent? Les sociétés qui produisent les bons. Si l’agences de notation X ne veut pas certifier un bon mais que l’ agences de notation Y bien, alors la banque va simplement aller chez Y, et c’est Y qui reçoit l’argent. Etant donné qu’aux USA ces agences ne peuvent être tenues légalement responsables de la qualité de leur évaluation, leur objectif principal se résume à satisfaire leur client – c-à -d. les banques qui émettent des bons foireux, et donc à certifier sans risque des actions qui sont complètement bidons.

Voilà grosso modo pourquoi les banques sont en difficulté aujourd’hui, et qu’on ne sait plus très bien combien vaut réellement Fortis ou plutôt combien elle a encore en caisse, puisque Fortis possède une grosse quantité de ces empruns foireux, et qu’elle même ne sait probablement pas exactement combien.

En conclusion, je vous invite à vous rafraichir la mémoire concernant la Taxe Tobin, sur le blog de l’excellent Henri Goldman.

UPDATE: je suis depuis tombé sur cette « BD » explicative et rapide à lire, un peu dans le même style.

Puis sur ceci, très drôle, et qui date d’il y a un an. Si des comiques ont pu le prévoir, pourquoi les multimillionnaires qui dirigent nos établissements financiers n’ont-ils pas pu prévoir la crise ?