
Peu de gens – dont votre serviteur – comprennent exactement le pourquoi du comment, le comment du pourquoi de la crise financière qui n’en finit pas de faire apparaitre des rondelles sous les bras-de-chemises de nos banquiers préférés. Or, Mark Chu-Carroll, un employé de google, l’explique admirablement. En anglais of course, aussi je vous propose mon résumé traduit, histoire que vous aussi puissiez la ramener à la machine à café. Y a pas de raison que ce soient toujours les mêmes qui ramassent, non mais.

La situation est à la fois très complexe, et très simple.
La version simple? Des tonnes et des tonnes de gens ont fait des emprunts stupides qu’ils ne pourraient jamais rembourser.
Mais bien sûr, ce n’est pas aussi simple.
Tout a commencé par un grand bordel au niveau des prêts hypothécaires. En bref :
- les gens aiment acheter des investissements sûrs.
- les hypothèques ont toujours représentés un investissement très sûr, ce qui est normal: on est prêt à beaucoup pour ne pas perdre sa maison.
- Les banques se sont rendues comptes qu’elles pouvaient faire beaucoup de thunes en groupant des prêts hypothécaires dans des bons qu’elles pouvaient ensuite vendre, se faisant une commission au passage, et transférer le risque vers l’acquéreur du bon.
- Ces bons devinrent incroyablement populaires. Des tonnes de gens et de sociétés voulurent en acheter.
- Il n’y avait pas suffisamment de prêts hypothécaires de qualité disponibles pour constituer les bons que les gens voulaient acheter.
- Alors les banques ont commencé à accorder des prêts hypothécaires à un public moins riche, des gens qui ne pouvaient les rembourser, utilisant ensuite des techniques élaborées et malhonnêtes pour dissimuler l’insécurité liée à ces prêts.
- Les gens qui souscrivirent à ces prêts hypothécaires ne purent évidemment pas les rembourser.
- Les banques jouent les innocentes vierges effarouchées: « oh mon dieu, qui aurait pu prévoir qu’il y avait tant de prêts insolvables !!ouin, ouinnnnnn, quelqu’un doit nous aider, au secours !! «
Ce qui se passe aujourd’hui est la conséquence directe de cet écroulement de l’hypothèque, et procède du même schéma, mais à une échelle beaucoup plus grande. Prêter de l’argent, cela rapporte. Assembler des empruns dans des packages d’investissement cela rapporte énormément et cela semble, en apparence, sans risque.
Evidemment, lorsqu’une occasion se crée de se faire beaucoup d’argent, ca attire beaucoup de monde. Et de manière toute aussi évidente, tout comme avec les hypothèques, il y a une limite: la réalité. Il n’y a qu’une certaine masse d’argent qui peut être empruntée à un moment donné par des gens qui peuvent le rembourser. Mais il y avait tellement d’argent à se faire que, alors que les prêts de haute qualité se faisaient rares, on a commencé à chercher d’autres trucs qu’on pouvait faire passer pour des investissements. Evidemment, étant donné que les gens qui achètent ce type d’investissements cherchent typiquement des investissements sûrs, ils ont besoin d’éléments crédibles pour dire « ceci est un emprunt sûr ». C’est à partir de là que la stupidité a pris le dessus sur le réalisme.
Comment fait-on pour prendre un paquet d’empruns peu sûrs et les rendre… sûr? Eh bien, que faites-vous lorsque vous achetez un bien cher, comme une voiture, pour éviter qu’un accident réduise votre investissement à néant? Vous prenez une assurance !
C’est grosso modo ce que les banques d’investissement ont fait. Elles ont fourgué des prêts de merde que n’importe quelle personne saine aurait refusé, et ont ensuite acheté des assurances pour garantir leur valeur d’achat.
Bon alors, chez qui ces banques se sont-elles assurées? Elles se sont assurées entre elles !
Donc, elles ont assemblé des tonnes de prêts qu’elles savaient pertinemment être risqués, et les transformèrent en investissement apparemment sûrs, par le biais d’ assurances. C’était de la blague, bien évidemment: l’assurance n’existait pas car au final, ceux qui vendaient ces prêts comme des investissement sûrs étaient les mêmes qui les assuraient!
Par conséquent, ce qui arrive aujourd’hui est le résultat normal et naturel. Supposons que la société A accorde des prêts foireux, et achète une assurance pour ces prêts à la société B, et que la société B accorde des prêts foireux et achète une assurance pour ces prêts à la société A. Et boum, les prêts de la société A et de la société B s’écroulent en même temps – les deux sociétés découvrent qu’une grande partie de ces prêts ne seront jamais remboursés. Alors la société A va vers la société B pour réclamer que son assurance couvre les prêts non remboursés, et pareil, la société B va chez A pour obtenir sa couverture d’assurance. A et B sont dans le caca, comme dirait ma fille.
C’est un dessin au gros trait de ce qui se passe actuellement: des quantités énormes de prêts ont été distribuées sans la moindre solvabilité; pleins de gens et de sociétés ont acheté ces prêts croyant qu’ils étaient sûrs alors qu’ils ne valaient même pas le papier sur lequel ils étaient imprimés.
Mais la stupidité ne s’arrête pas là . Lorsque l’on achète une dette sous forme de bon d’investissement, on reçoit une évaluation qui vous indique le risque que vous prenez avec cet investissement, comme par exemple « AAA », ce qui représente l’investissement le plus sûr. Qui donne cette évaluation? des agences de notation (« Bond-rating agencies »). Qui les rémunèrent? Les sociétés qui produisent les bons. Si l’agences de notation X ne veut pas certifier un bon mais que l’ agences de notation Y bien, alors la banque va simplement aller chez Y, et c’est Y qui reçoit l’argent. Etant donné qu’aux USA ces agences ne peuvent être tenues légalement responsables de la qualité de leur évaluation, leur objectif principal se résume à satisfaire leur client – c-à -d. les banques qui émettent des bons foireux, et donc à certifier sans risque des actions qui sont complètement bidons.
Voilà grosso modo pourquoi les banques sont en difficulté aujourd’hui, et qu’on ne sait plus très bien combien vaut réellement Fortis ou plutôt combien elle a encore en caisse, puisque Fortis possède une grosse quantité de ces empruns foireux, et qu’elle même ne sait probablement pas exactement combien.
En conclusion, je vous invite à vous rafraichir la mémoire concernant la Taxe Tobin, sur le blog de l’excellent Henri Goldman.
UPDATE: je suis depuis tombé sur cette « BD » explicative et rapide à lire, un peu dans le même style.
Puis sur ceci, très drôle, et qui date d’il y a un an. Si des comiques ont pu le prévoir, pourquoi les multimillionnaires qui dirigent nos établissements financiers n’ont-ils pas pu prévoir la crise ?
merci.
Le chemin de la conscience collective passe par un travail comme le vôtre.
j’ai enfin compris qqchose ! En bref, on n’appelle pas ca de « l’escroquerie » ?
@schonberger: étant donné que le système ne l’interdit pas (vive la « dérégulation »), la manoeuvre est malhonnête, mais pas illégale. donc, est-ce de l’escroquerie?
Réduire la morale à la loi, c’est de la psychopathie : « pas vu, pas pris! » Si vous voulez savoir ce que devient une civilisation régie par un tel principe, voyez le film « Mad Max ». La loi doit être considérée comme l’extrême limite d’incompatibilité de survie du groupe face aux libertés individuelles. Pour construire quoi que ce soit, il faut des règles, celles de la nature et celles de l’art. C’est un fantasme adolescent que de croire à la génération spontanée de règles sur base les l’expérience de la dérégulation. Ce fantasme condamne à refaire à chaque génération les mêmes expériences désastreuses. Une civilisation se construit de génération en génération, ou dégénère!
@aspiral: moi je veux bien, mais vous parlez de la morale comme s’il n’existait qu’une morale. Or, point d’objectivité en ce bas monde, nous sommes chacun dans une réalité à l’intérieur de laquelle nous faisons ce que nous pensons être le mieux en fonction de notre situation personnelle. Telle est la dure condition humaine, telle est la prison de l’égo. « Après moi le déluge » est une attitude qui dénote certainement d’une absence de sentiment solidaire ou confraternel, cela reste tout à fait justifiable face à cette constatation toute scientifique qu’un jour l’histoire humaine s’arretera, au plus tard le jour ou notre soleil aura choisi d’imploser. La solidarité humaine ne nous sera pas très utile ce jour là . Notez que je ne cherche pas à excuser, selon mon échelle de valeur, ces gens, en tout cas une partie, sont des escrocs, mais le système favorisait ces comportements: le vendeur n’étant pas le banquier, chacun était « droit dans ses bottes », dans son objectif de rentabilité et se refile la patate chaude.
Je ne sais pas si on peut dire qu’il existe des lois de la nature « au choix ». Des morales comme on les voit actuellement se dire, « mes » valeurs, « mes » principes ne sont pas autre chose qu’une foire aux logiques en forme de tour de Babel. Celui qui essaie de construire quoi que ce soit sans respecter les lois de la nature de ce qu’il construit fait la dure expérience de la catastrophe. C’est ce qui est en train de se passer! On a bazardé les lois de la nature humaine dite « vérités initiatiques » sous prétexte qu’elles n’étaient pas prouvées scientifiquement! (Complexe de Colomb: je ne comprends pas à quoi cela sert, DONC, à§a ne sert à rien!); votre illustration me fait typiquement penser à l’expérience de Milgram, qui montre comment avec très peu de psychopathes, on a pu faire fonctionner des camps de concentration, dans la toute bonne conscience, lavée plus blanche que blanche, scientifiquement, des intermédiaires.
oui, on est d’accord sur le fait que la responsabilité est décomposée par la logique des intermédiaires. Il est donc plus juste et plus constructif de blamer et réformer le système. L’escroquerie, dans ce cas, est une résultante, non une volonté véritablement intentionnelle d’individus, certes coupables d’irresponsabilité. Mais d’escroquerie, je ne sais pas, je ne le crois pas.
[...] Je sais, c’est la crise. Bien que la fenêtre me révèle un soleil qui brille, dehors il fait beau, la ville vaque à ses occupations, la terre tourne, sur les ondes il n’est que ce mot : “crise”. Hier elle était politique, aujourd’hui elle est financière. [...]
Salut Alexandre,
Juste pour préciser que les titres ne sont plus imprimés depuis des années.
Et que cette crise a commencé au printemps 2007, a contaminé les autres marchés à l’automne 2007 et les pays émergents début 2008.
En fait, on en parle beaucoup plus depuis quelques semaines suite aux problèmes des grandes banques belges en raison de la très vive inquiétude qui a frappé les marchés suite à la mise en faillite de Lehman Brother, une très importante banque américaine.
La question est de savoir s’il ne s’agit que de la fin d’un cycle économique et du début d’un autre ou si, comme au début des années trente, le cours des actions va continuer à dégringoler pendant des années.
En bref, ces comiques n’ont pas prévus la crise il y a un an puisqu’elle était déjà présente.
Beaucoup se sont fait de l’argent en misant à la baisse ou spéculant sur les matières premières.
Quant aux dirigeants des banques belges, je me permets de douter de leurs compétences. Il s’agit plutôt de sorte d’avocats creux qui paradent dans des mises en scène, ce qui plaà®t au Belge royaliste.