Dans la discussion qui a suivi un récent billet, le très bon tribun François (http://www.periscope.be) a soulevé la question de savoir si l’humanité sortira du pétrin environnemental uniquement grâce à l’innovation technologique, sous-entendant que selon lui les nécessaires modifications structurelles profondes de nos modes de production et de consommation ne peuvent venir de simples nouveaux produits mis sur le marché.

Autrement dit, le secteur privé va-t-il a lui seul permettre à nos sociétés de s’en sortir sur le long terme ?


La réponse varie selon le pays, mais de manière générale dans notre système mondialisé, face à la crise, le secteur privé fait son boulot, ce qu’il a toujours fait et qui est le sens même de son existence : proposer des solutions aux problèmes, aux besoins et aux désirs des consommateurs, en les mettant sur le marché. S’ensuit une course à l’innovation, vu la concurrence du marché, le premier à dénicher la poule aux Å“ufs d’or (c.à .d un produit qui rencontrerait des besoins humains avec un bénéfice maximum en terme de qualité de vie, financier, environnemental, etc… pour son propriétaire à un coût acceptable), s’assurant un avenir radieux (pour ne pas dire photovoltaà¯que).

Cela étant, acteurs et consommateurs de cette innovation technologiques sont obligés d’évoluer le mieux possible dans un cadre politique, social et culturel donné, dont le ton est dicté par les voisins d’en face, j’ai nommé, le secteur public, voulu fort par la gauche, équilibré au centre, et le plus faible possible par la droite. (Je caricature évidemment : en Belgique par exemple, tout le monde veut un état fort, comme cela on peut distribuer les pépètes à ses copains et se faire d’autres copains.)

Selon moi, ces changements structurels profonds s’imposent à nous et in fine, par la porte ou par la fenêtre, ils seront mis en place, amenant à un recentrage idéologique du libéralisme vers le développement plus ou moins durable. La question est plutôt de savoir quelle est l’attitude du secteur public, autrement dit, l’Etat: va-t-il faire de profondes réformes ambitieuses et courageuses (et électoralement suicidaires) montrant la direction à suivre au secteur privé, ou va-t-il laisser faire tout le sale boulot à Dame Nature, au prix de beaucoup de souffrances, comme c’est le cas aujourd’hui, en attendant sagement que le public fasse sa douloureuse prise de conscience.

Observons ce qui se passe aux USA: le secteur public y est « ultra light ». Par conséquent, malgré que Bush refuse de signer Kyoto, le secteur privé anticipe énormément et propose chaque jour des dizaines de nouvelles manières de produire son électricité ou d’économiser sur ses consommations. C’est d’ailleurs impressionnant d’observer ce bouillonnement actuel oû la technologie redécouvre la nature pour en tirer de nouvelles sources – cette fois-ci durables – de production d’énergie. L’Etat, lui, accompagne, mais ne guide pas. A la limite, il pourrait ne rien faire que cela ne changerait rien.

En Europe par contre, oû le secteur public est notoirement godzillesque, la situation est moins claire: les pays nordiques mais également des poids lourds comme l’Allemagne anticipent bien et les gouvernements ont pris le problème à bras le corps depuis une décennie. La Grande-Bretagne a mis en place des objectifs très ambitieux en terme de production énergétique durable et de reconversion de l’habitat en habitations passives pour 2012 puis 2020.

Par contre, la situation en Belgique ou en France n’est pas brillante, voire grave: les politiques flamands courrent après la constitution d’une chimère identitaire alors que leur territoire risque d’être sous eau, on se tâte quant à la sortie du nucléaire et on joue les amateurs avec les géants de l’énergie. Aucune vision, aucune ligne directrice qui prenne en compte les nouveaux paramètres environnementaux. On est bloqué dans le passé. Et à moins d’une vraie prise de conscience des citoyens et une tornade verte aux prochaines élections, il faudra attendre que les citoyens et les politiques soient le nez sur le problème pour commencer à envisager d’éventuellement prendre une ou deux décisions courageuses, tel que les transports en commun gratuits pour tous, le péage urbain et autre développement axé sur la mobilité, l’alimentation et la production.

Donc pour revenir à la question initiale de François, qui, je suppose, portait sur la Belgique, je préfère parier sur le privé que sur le public pour nous amener vers une société durable et je suis très pessimiste sur la situation de la Belgique dans cinquante ans.

Et vous ?