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Belges, Belges, mes chers compat’,

Au terme de ce scrutin législatif cuvée 2007 (hips), je vous livre quelques réflexions.

Reflux du PS

Le résultat de ces élections a un goût étrange : pas forcément désagréable (miam, ce goût de citron vert) mais tout de même un peu amer (un peu trop d’orange de la mer du Nord – et pas des oranges sanguines). Pour notre Francofolie, je me réjouis de ce début de sanction du parti socialiste mais surtout de son système clientéliste. Car ce n’est pas tant le parti qu’il faut sanctionner que le système clientéliste, car c’est lui l’ennemi de notre démocratie, de notre économie, de notre dignité. Super, le MR devient le nouveau nombril de la Wallonie. Qui nous dit qu’il se comportera mieux ? Je l’espère mais n’en ai aucune garantie, car le pouvoir est un gâteau onctueux et il faut une grande force de caractère pour ne pas succomber à la tentation permanente de s’en servir pour pérenniser sa position dominante et monnayer le soutien de l’électeur affamé, lui aussi, de pouvoir.

En définitive, que l’on soit riche ou pauvre, nous voulons tous notre part de ce gâteau. Je crois cependant que pour protéger et faire évoluer notre conception de la démocratie, il est fondamental de combattre le clientélisme à sa source, afin de sortir à tout jamais du moyen-âge et de l’époque féodale. Ce n’est pas du côté du pouvoir que se trouve la solution : on a les élus que l’on mérite. C’est au niveau de l’éducation et de l’exposition régulière à la pratique démocratique que nous pouvons changer la mentalité non pas des élus, mais des électeurs : moi, vous, vos amis, vos enfants. Donner son vote à un projet, à une idée et non à un visage ou a une faveur personnelle.

Question de bon sens? Pas si sûr: posez vous les réelles motivations de votre vote, vous verrez que ce n’est pas évident : l’impression générale d’un ou d’une candidate, son sourire, son timbre de voix sont souvent des éléments qui pèsent lourds dans le choix, la qualité qu’il a à se faire votre miroir, à être le support de vos projections mentales. Combien de fois ne vote-t-on pas pour quelqu’un que l’on trouve « sympathique », « humain », « empathique »? Il y a un flou gigantesque entre l’image que l’on se fait de son favori et le détail du projet politique qu’il vous propose de soutenir (quand il en a un, hein André ?). Il n’y a plus grand-chose de noir ou blanc aujourd’hui et le temps de parole chronométré sur les débats télévisés sert plus au jeu de l’image qu’au débat d’idée. Au final, on élit plus pour la force de frappe communicationnelle et l’image d’un candidat que pour ses projets. Anne Delvaux, Florence Reuter, madame Russo, beaucoup de gens se sentent proches de vous, votre passé médiatique leur épargne l’effort de s’intéresser à vos idées, à votre contenu. Ils vous « connaissent », vous « font confiance ».

Internet et démocratie

Cette distance entre l’image d’un candidat et son projet est sans doute une caractéristique de notre système démocratique, et c’est à cet endroit qu’internet présente un potentiel énorme comme outil démocratique : enfin, le programme est à disposition de tous, sous toutes ses formes – écrits, vidéos, BD, discussions, forums, e-mailings et bien entendu, blogs de citoyens ou de spécialistes, à l’heure que vous choisissez, au moment qui vous convient dans votre salon, autour d’un verre de vin. Ceci est l’autre enseignement de ce scrutin: internet est une arme électorale puissante et de nombreux candidats ont tenté d’en tirer parti. A ce jeu-là , le grand vainqueur est sans conteste Alain Destexhe (wouaw la rime), qui réalise, malgré une présence médiatique (TV, radio, presse…) à peu près nulle, un score de 80 000 voix de préférence, soit le 8ème au hit parade francophone, le 3ème du MR). Pour quelles raisons ? Internet. En proposant sur son blog un billet par jour depuis 2005 , Destexhe anime des débats oû la parole est libre. Il se présente, se faisant, comme un expert de la démocratie, et se constitue un lectorat à moindre frais. Elio di Rupo s’y est mis lui, très tard, ce qui en fait un opportuniste électoral. La réalisation de son blog est beaucoup moins « cheap »( visiblement sa boite de com’ est passée par là et le design de son site, très hédoniste, s’adresse aux amateurs d’ipod…). Etant déjà hyper médiatisé, il ne bénéficie pas de ce cachet « techno-amateuriste » qui rend finalement le blog de Destexhe aussi sympathique que le café de la gare. Le blog d’Elio donne néanmoins l’effet grisant de communiquer avec le Tout-Puissant, et lui donne l’image d’un socialiste moderne, au faît de la technologie, à défaut du fond de commerce qui reste niveau bac à sable (avec des sujets type « quelle est votre idée du bonheur » et autre proute dans l’eau du bain) là oû Destexhe parle statistiques, international, enseignement ou gouvernance, ce qui fait de son blog un authentique, quoique modeste, lieu de la démocratie.

Evidemment, internet a ses défauts. J’en identifie quatre importants, mais il y en a d’autres :

  1. trop d’information tue l’information : il faut un vrai talent pour dénicher l’argument intéressant sur tel ou tel sujet. Exemple : imaginez que vous ne connaissiez rien du nucléaire. Quelqu’un du MR vous dit que le nucléaire est l’avenir face au défi climatique, un candidat Ecolo veut vous convaincre du contraire. Au final, tous les arguments, pour ou contre, tendent à s’annuler et on ne sait plus que penser (bon, au moins après, vous serez un expert de la question… A défaut de la réponse);
  2. Info ou intox ? La frontière entre intox et info est parfois difficile à déceler, particulièrement lorsque les partis ne cherchent pas délibérément à brouiller les cartes ( mdr.be ).
  3. l’anonymat : la plupart des intervenants sur les débats s’identifient par un pseudonyme ou à défaut, par le grand soldat « Anonymous ». Cela permet évidemment toutes les dérives ;
  4. l’accrétion : il se fait que les gens partageant les mêmes schémas de pensée globaux se regroupent sur les sites dédiés à ces idées, se qui fait que le débat contradictoire, quand il a lieu, tourne vite au pugilat. Je remarque cependant, pour avoir participé aux discussions Dems vs Reps au USA ainsi qu’aux récentes élections présidentielles françaises, que notre système proportionnel entraîne une plus grande variété et plus d’échanges entre les parties, là oû la confrontation tient plus du dialogue de sourd dans les pays à scrutin majoritaire. Certe, chez nous, l’affrontement Nord-Sud nous suffit-il déjà …

J’ai voulu ici tirer une modeste réflexion sur les enseignements de ce scrutin. N’hésitez pas à me faire part des vôtres.

Lors des dernières élections présidentielles françaises, mon journal préféré ( Marianne pour ne pas le citer) a bousculé le microcosme médiatique en choisissant d’organiser un vote interne identifiant l’élu de la République Marianne et d’en publier le résultat. L’intention? Moderniser la relation entre lecteurs et journalistes. Trop souvent, les médias cultivent une apparent neutralité alors que l’on sait pertinemment que leurs publications sont orientées. Tandis qu’ici, chaque camp, au lieu de s’abriter derrière une utopique neutralité comme c’est pourtant la coutume, a pu argumenter ensuite son choix sur une pleine page. Pour l’anecdote, si certains journalistes avaient voté Sarkozy, une majorité égale vota pour Bayrou et pour Royal.

La nouveauté n’est pas que Marianne soit un journal de centre gauche, mais que des journalistes, qu’une rédaction montre que l’objectivité n’existe que dans une subjectivité assumée et un engagement ouvert à la remise en question. Il ne s’agit pas de dire que l’on sera « toujours » pour untel, mais qu’ici et maintenant, pour telle ou telle raison, je choisis Untel. L’indépendance journalistique est préservée, et une discussion ouverte peut commencer.

Aujourd’hui je me prends à rêver que la rédaction de nos médias, comme par exemple la RTBF, le Soir, la Libre Belgique, la DH… fassent le même exercice de démocratie assumée. Cela ne m’intéresse pas tant de connaitre le ou les candidats de leur choix, mais plutôt leurs arguments. Qui sait, peut-être un aspect du programme d’untel m’aura échappé? Cela permettrait également de couper court aux bruits selon lesquels le Soir et la retebefe (souvent rebaptisée radio pravda ou RTPS), notamment, seraient les porte-voix du boulevard de l’Empereur.

Enfin, je crois qu’à l’aûne du ouaibe deux ooh (web2.0, social networking, viral/guerrilla marketing, sondages permanents), cette démarche d’affirmation et d’argumentation est un passage obligé des médias dis traditionnels, qui doivent améliorer leur « proximité » envers leur lectorat, et cela ne peut se faire qu’en développant une personnalité, pas en essayant de plaire à tout le monde. Qu’ils le veuillent ou non, ils influencent, autant que le jeu se clarifie et que l’on puisse se positionner. Par exemple, je ne me revendique pas de gauche, mais les idées dites « de gauche » m’intéressent, ne fut-ce que pour en relever les vices et les améliorer. Et je pourrais, si la situation change, reconsidérer mon choix, rien n’empêche personne de changer d’avis (sinon, ben, on ne voterait qu’une fois dans sa vie).

Voici donc pourquoi je vais tenter ici cet exercice délicat d’afficher et d’argumenter mon choix pour ces élections 2007.

Ce 10 juin je voterai la liste 10 – ECOLO.

Ecolo est pour moi le moins pire des choix pour mettre en place les nécessaires réformes sociales, économiques et institutionnelles face à l’urgence écologique, sociale et démocratique du pays et de l’Europe. Ecolo est le seul parti qui propose une vision sociétale novatrice globale, en demandant aux humains de retrouver une relation respectueuse et équilibrée avec la nature, dans chacune de ses activités, à chaque geste. Sur le plan de l’éthique en politique, ils placent la transparence et la démocratie participative au centre de leur méthode de gouvernance et cultivent au sein même du parti une rigueur altruiste (moitié des revenus des élus sont reversés au parti) que l’on peut presque qualifier d’intégriste. Ecolo cultive une vision de la politique en terme de devoir et non de pouvoir, ce qui est fondamental pour ne pas devenir à terme « accro » au pouvoir.

Au Sénat, je cocherai :

Jacky Morael qui est à mes yeux un véritable homme d’Etat (même avec une béquille). Jacky Morael a la tête bien pleine, une très grande sensibilité et est un des grands penseurs de la rénovation écologique « centre avant » (appellation personnelle),

Isabelle Durant pour son expérience du pouvoir, son pragmatisme et le sérieux du travail qu’elle mène à Schaerbeek. J’ai apprécié son courage comme ministre fédérale, (malgré de nombreuses erreurs stratégique, comme celle d’avoir fait confiance aux partenaires socialistes).

Marianne Leterme car cela peut être utile d’avoir la cousine de notre futur premier ministre. Non je rigole, parce que j’ai eu des échos flatteurs sur sa méthode de travail, son écoute des jeunes et son sérieux.

Bob Kabamba : Monsieur Kabamba, né au Congo, a étudié à Liège et connait forcément très bien le Congo. Il est un exemple d’intégration heureuse (ce qui, je le précise, n’est ni rare, ni une exception en Belgique). Or, l’Afrique est un enjeu majeur de la rénovation écologique, et il nous faut des « passeurs » de culture, qui connaisse la situation de part et d’autre pour transmettre le projet de solidarité au cube.

José DARAS: ce n’est pas un talent médiatique, mais c’est un bosseur et un visionnaire qui a été l’instigateur de la conversion de la politique énergétique en Wallonie.

Pour la Chambre:

Christos DOULKERIDIS : il bosse, et il adore cela, le tout dans un style jovial et percutant. Bref, c’est Jacky Morael Junior. Pragmatique et pas idéologue pour un sous, il n’a pas d’oeillière, notamment sur des problèmes tels que le chômage. La qualité de son travail est reconnu jusque dans les autres partis.

Fouad LAHSSAINI : marocain d’origine, psychopédagogue, son discours sur la jeunesse et l’enseignement est convainquant.

Evelyne HUYTEBROECK: elle fait du bon travail au ministère bruxellois de l’environnement et de l’énergie, malgré les difficultés à Ixelles dûes au jeu déplorable du PS, elle garde la confiance des associations de quartier, qui sont, eux, les premiers concernés par les nuisances. A géré la libéralisation de l’énergie en imposant des gardes-fous protégeant les plus démunis. Notons également la nouvelle station d’épuration qui fait de Bruxelles la première métropole européenne a traité 100% de ses eaux usées, ce qui permettra à terme de retrouver un biotope riche dans le canal! Son action est réellement positive sur la qualité de l’environnement à Bruxelles.

A voté, peut reprendre une vie normale !

La Tribune de Bruxelles révèle une initiative intéressante à l’initiative de Pascal Smet (SP.a – Ministre bruxellois de la mobilité) et Evelyne Huytebroeck (ecolo – Ministre bruxelloise de l’environnement), proposant de donner accès entièrement gratuit aux transports en commun bruxellois (STIB) en cas de pic de pollution prolongé.

Cette mesure a pour avantage, au delà de l’intérêt financier pour les utilisateurs habituels, de faire évoluer les mentalités en associant concrètement l’usage des transports en commun à la lutte contre la pollution. Voilà pour la bonne idée écolo. Reste cependant à rencontrer ce que Reynders disait très justement hier à la RTBF: si nous souhaitons que les gens abandonnent leur voiture pour les transports en commun, il faut leur assurer un service minimum, le confort (places assises en suffisance, propreté) et la sécurité (incivilités en tout genre jusqu’à la criminalité).

A voté! En cette période d’érections élections, on parle beaucoup de remplacer le vote électronique pour revenir au vote papier . Il existe pourtant d’autres formules, encore inexplorées. Jugez plutôt:

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Le télémoustique de cette semaine analyse sans complaisance le renoncement de di Rupo sur les affaires et la rénovation le ravalement de façade d’un parti qui ne sent plus la rose depuis bien longtemps, tandis que quelques pages plus loin, Marc Moulin se fend lui d’un éditorial au vitriol sur di Rupo, fichtrement bien torché. Après avoir lu cet article, on se sent un peu soulagé, comme lorsqu’on tire la chasse après une longue constipation. Ouuuuuuuuuf, take a deep breath… Read the rest of this entry »