Archives for category: politique
vercingetorix dépose ses armes aux pieds de César (L Royer 1899)

vercingetorix dépose ses armes aux pieds de César (L Royer 1899)

Casus Belli

Si l’on croit les spécialistes politiques et/ou économiques interrogés par la RTBF et la VRT (pour qui la crise permanente est une aubaine en terme d’audience), la scission du pays n’est pas impossible, mais extrêmement difficile, beaucoup plus difficile que de réaliser un accord sur une « simple » réforme de l’Etat.
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Google BelgiqueElio Di Rupo et Rudy Demotte ont inauguré avec emphase l’ouverture du Data Center à Saint-Ghislain. Dans l’article de La Libre Belgique relatant l’événement, il y est dit:

Il n’est pas exclu que l’implantation de Mons, qui couvre une surface de quelque 80 hectares, soit le point de départ d’autres partenariats avec les entreprises, écoles et universités de la région.
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Cordon ombilical
Les négociations institutionnelles sont (selon moi) en passe d’aboutir et d’amener la chenille bicéphale Belgique vers sa prochaine itération. Je m’emploie dans ce billet à identifier les raisons de ce succès probable.
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Je réagis à chaud suite aux résultats des urnes (pas encore funéraires, n’en déplaise aux cassandres) en proposant un angle d’attaque radical des prochaines négociations pour les francophones.

La voix de la Flandre a parlé, que dis-je, a toné à 32% de décibels: il faut réformer les institutions fédérales en vue de plus d’efficacité. A défaut, bye bye Flanders.
La voix du « peuple francophone » – expression empruntée au bientôt politiquement défunt Didier Reynders – a également clamé haut et relativement fort en faveur du PS.

Deux résultats qui ne m’enchantent guère, mais soit. Il faut réformer, alors réformons. Et là , il me semble que les francophones ont un coup à jouer, question de timing.

La concession: BHV et la périphérie

Le noeud du problème, la raison du blocage depuis plus de 3 ans et de l’ascension de la N-VA, c’est BHV et le respect des francophones de la périphérie (ou de l’intégrité du territoire flamand, selon le point de vue).

Pour moi, La victoire du PS signifie que la périphérie tombe: BHV sera scindé. Oh, ils ne le diront pas comme cela, mais tout le monde le sait. Autour de Bruxelles, ce sont principalement des fiefs du MR et du CdH. Le PS n’en a pas besoin, lui, son territoire, c’est Bruxelles-Capitale et la Wallonie. Cela étant, il est à présent dans le rôle de défenseur des francophones et ne va pas la laisser tomber pour des cacahuètes.

C’est donc la réponse à la question suivante: faire des concessions, pour obtenir quoi? qui doit aujourd’hui mobiliser l’attention des politiques et médias francophones, et non pas le tour de taille des rêves séparatistes de Bart de Wever.

Les revendications francophones

Je pense que ces différents points doivent faire partie de la liste de propositions francophones:

  1. Refinancement de Bruxelles: la jeune Région est exsangue et a besoin de nouveaux moyens pour assurer ses multiples fonctions (de nouveau, tout le monde est d’accord, au Nord comme au Sud, seul le montant de ce refinancement change selon les camps)
  2. un « léger » agrandissement de la Région Bruxelloise à Rhode St-Genèse. On sait, c’est onbespreekbaar, mais suivez-moi un instant: « on n’est demandeur de rien » cela n’a rien amené. On ne va pas dans ce genre de négociations sans un gros morceau inavalable pour l’autre, telle est la recette du « compromis à la belge ». Pour justifier cet élargissement, il pourraient le présenter ainsi: l’agrandissement territorial permettrait de réduire drastiquement le nombre d’institutions francophones, et faire une vraie Fédération Wallonie-Bruxelles, faite d’une fusion de la Communauté Française, de la Région Wallonne et de la Région Bruxelloise. Ainsi, les francophones, comme le souhaitent les flamands, améliorent et rationalisent leurs institutions pour plus d’efficacité et de transparence. Il ne s’agit que d’une posture, mais il a été affirmé maintes fois sur les plateaux de TV qu’une scission pur et simple de BHV serait équilibrée par une révision des frontières de RBC, dont acte.
  3. suppression du niveau provincial et refonte du Sénat: moins de sénateurs
  4. Circonscription fédérale: permettant de faire élire une partie plus ou moins conséquente de la Chambre des Représentants et du Sénat par des votes venant d’Ostende à Arlon. Toute la nuance est dans le « plus ou moins »: il faut que cela soit une proportion significative pour que cette mesure, censée recréer un espace politico-médiatique commun entre les différentes régions ait un sens, mais, honnêtement, je ne maîtrise pas bien cette variable du plus ou moins. Quelle est la masse critique nécessaire pour que cette mesure produise l’effet escompté? Si quelqu’un peut développer, cela m’intéresse…
  5. des arrangements à la marge pour la périphérie mais couvrant tout le territoire belge (donc plus de facilités), tel qu’un accord de coopération culturelle entre les communautés du pays pour permettre à chacune de subventionner des écoles dans l’autre communauté (tout en en laissant le contrôle à la communauté qui l’héberge)

En réalité

Maintenant qu’on a bien réfléchi et qu’on a une vision claire et cohérente de ce que l’on veut, on atterri et on regarde qui on a en face.

Ah, le gros Bart. En plus il faut aller vite, s’occuper « des vrais problèmes des gens » et accessoirement, présider l’Europe (enfin, en profiter pour montrer sa bibine à l’Europe, parce que l’Europe, depuis le traité de Lisbonne, elle se dirige très bien toute seule). Et donc cela, c’était la version radicale et donc irréaliste. Le PS aime bien avoir beaucoup d’institutions, cela fait beaucoup de postes à distribuer à ses ouailles. Donc la Fédération Wallonie-Bruxelles ne rimera jamais avec 1 seule institution, et c’est tant mieux, Bruxelles n’est pas la Wallonie, leurs morphologie et besoins sont spécifiques. Il s’agit simplement de donner quelque chose sur lequel Bart peut dire: « non, nooit, moi vivant, jamais! ».

Cela peut marcher, le timing est bon: Bart De Wever sait qu’il doit faire des concessions, au risque de voir ses résultats se dégonfler comme Yves Leterme un soufflé au kaas dans quatre ans. Et donc il en fera, mais pas sur ce qui représente l’essentiel pour lui: le territoire, la frontière linguistique. Il obtiendra sa grande réforme coppernicienne et aura montré une classe d’homme d’Etat – lisez, qui sait faire des compromis, ce sur quoi tout le monde l’attend aujourd’hui.

Donc mon scénario le plus probable sera une scission pure et simple de BHV (ce qui n’est pas un drame, il y aura des partis pour défendre les francophones au Parlement Flamand) et un refinancement conséquent de la Région de Bruxelles-Capitale. D’agrandissement territorial de RBC il n’y aura point, mais la circonscription fédérale verra le jour et sera conséquente.

Des concessions, de part et d’autre, et un état belge qui au final, sera un petit peu moins alambiqué et fonctionnera un petit peu moins mal. C’est déjà cela.

Bon, ca y est. La campagne se termine et j’inspecte mon subconscient pour en analyser le substrat d’information qui y a percolé. Se succèdent images, sons, phrases et mots, des chiffres aussi – quoique peu en fait, trop peu (sauf « 26% », ca oui, souvent). Des émotions également: on a tour à tour cherché à susciter en moi: peur (tiens, qui rime avec « Bart de Wever »), tristesse (Bye bye Belgium), colère (« bon dieu des élections à un mois de la présidence européenne, quelle irresponsabilité! »), de la joie aussi (oh, pas des masses: « Si la Flandre nous quitte, on a un plan B » merci Elio), tout de même une bonne dose de dégoût et d’écoeurement (Milquet qui prône l’union fait la force mais joue un rôle de dernier rampart contre les séparatistes flamands alors qu’elle en est un allié objectif, flanquée d’un Delpérée qui ne sait – vraiment – que dire « non », pour la seule et unique raison que cela rime mieux avec « constitution »).

Les quatre fantastiques

Sur le fond, il n’y a que désespérément peu à dire. Peut-être ceci: nous les frrrraaancophones – le « peuple francophone » comme dirait Reynders – serons les seuls européens à ne pas devoir subir d’austérité. Génial, non?
Grâce à qui? A nos Fantastischen Vier (Elio, Didjé, Jowelle et Jeanmi) qui feront payer les banques et les spéculateurs boursiers le coût du déficit de l’Etat ( 22 milliards tout de même). Evidemment, ils n’insistent pas trop sur le fait que ce sont deux décisions qui se jouent au minimum au niveau de l’Union Européenne, voire du G20. Et donc, dans longtemps (on parle de 2014). D’ici là , on fait quoi? Même avec des contributions extraordinaires de GDF et des banques, il y aura loin de la coupe aux lèvres.

De débat, il ne fut question

Non, comme d’habitude, le jeu politique ne volait pas haut, mais il faut surtout souligner que le battage médiatique n’a pas aidé à élever le débat: on n’y a quasi vu que les grands partis, avec la plus grande visibilité donnée à leurs présidents. On n’a notamment rien appris de nouveau lors des débats des présidents, l’un sur la RTBF (qui était enregistré, comme quoi, c’est l’audience plus que le statut qui détermine LA chaine sur laquelle il faut se montrer) l’autre sur RTL – celui là en direct. Toujours les mêmes réponses formulées pour remporter le plus grand consensus et qui du coup ne répondent pas au questions posées par des journalistes par ailleurs souvent nuls de chez nuls (mais que fait encore De Brigode à la barre?) Toujours cette impression que ces quatre là se voient tellement qu’au fond ils sont d’accord sur tout – chacun incluant dans son programme les pans de programmes de l’autre qui sont les plus vendeurs – et que la seule discussion intéressante serait d’assister à leurs négociations budgétaires, pour voir effectivement qui privilégie quelle option au moment de décider de l’affectation des moyens publics.

Les petits partis n’ont pas eu droit de cité, alors que les débats auraient été autrement plus intéressant si on mélangeait petits et grands, présidents, élus et aspirants, palliant leur inexpérience par l’effronterie autour de thématiques qui ne sont tout de même pas anecdotiques: l’avenir de Bruxelles et du pays, des pensions et de la sécurité sociale, de l’éducation, de la justice et de la sécurité. Et tiens, oui, de l’environnement (Au fait, Evelyne H. et Alain D., oû en est l’enquête sur Aquiris?).

Dans ces conditions, le seul débat qui aurait été intéressant, le MR (et le PS dans une moindre mesure) nous l’a refusé: un débat flamands – francophones, qui aurait peut-être permis au petit peuple de voir que nos chevaliers blancs ne sont pas si blancs, après tout, et de découvrir des sujet habituels sous un autre jour. Làs, la politisation de la RTBF n’a pas permis que ce débat ait lieu. D’autant plus choquant que le MR est pour la circonscription fédérale. Visiblement, se présenter à l’électorat belge dans son ensemble, cela leur fait encore peur.

Points positifs

RTLInfo.be

La com’ politique tient de plus en plus du media training, ce qui nuit visiblement au débat de fond et augmente le désintérêt citoyen pour la politique. En regard de cela, j’ai trouvé la couverture des élections par RTL bien plus intéressante que celle de la RTBF avec notamment le site RTLInfo qui permettait de suivre les débats télévisés en direct, de dénicher moulte interviews de « petits » candidats via le « Talk Elections » de Grégory Goethals que j’ai trouvé excellent pour mettre à l’aise des candidats qui donnaient souvent leurs premières interviews télévisées et faciliter leur débit en posant des questions pertinentes et non sensationnalistes, et surtout l’émission Sans Langue De Bois présentée par le joyeusement caustique et réunissant deux de mes bloggueurs bruxellois préférés: Mehmet Koksal et Charles Bricman, ainsi qu’Alain Raviart et Michel Henrion, un quator débatant avec une grande liberté de ton sur la prestation des différents invités.

Je veux donc saluer l’ouverture d’ RTL qui a osé intégrer les meilleurs éléments de la blogosphère politique belge et a ainsi donné une plus grande visibilité à une lecture plus critique et moins formatée de la res politica. L’émission semble avoir d’ailleurs très vite trouvé sa place, à voir comment les invités tenaient compte des remarques formulées la veille (Didier Reynders qui se la joue avec le public du genre « je connais tous vos prénoms et je vous jure qu’on a élevé les cochons bios ensemble » juste après la très mauvaise prestation d’Elio).

Le Soir et Twitter

Le compte Twitter politiclub mis en place par le journal Le Soir est une initiative tout à fait intéressante, même si son pendant en ligne – le carnet « SagaBelgicaBis » – a initialement commis une erreur d’approche, corrigée ensuite grâce notamment à une discussion sur le blog de Charles Bricman.

@politiclub a permis de mettre en réseau la plupart des personnes intéressées par les élections: candidats comme citoyens avaient ainsi un lieu central oû se tenir au courant des derniers écrits, dont une certaine partie renvoyaient des échos bienvenus de France et de la presse internationale. Cela permettait également de partager des réactions en direct sur telle phrase prononcée par un candidat lors d’une apparition médiatique. Espérons qu’ils prolongent l’expérience au delà des élections. (Si vous êtes sur twitter et que vous avez quelque chose d’intéressant à relever à propos de la campagne, ajouter @politiclub pour qu’ils le reçoivent, et si il s’agit des élections, ajoutez le #be1306 qui permet que votre message s’affiche si l’on fait la recherche pour ce tag.)

Ah oui au fait

Je vous annonçais voter pour l’écolo Jacky Morael et la groen! Tinne Van der Straeten. Pour cette dernière, j’ai changé d’avis: je vais exceptionnellement voter pour Caroline Sà¤gesser, candidate d’origine suisse de probruxsel. Parce que Bruxelles doit se réformer (et pas « être réformée », nuances…), qu’elle est d’origine suisse, que Probruxsel défend une Belgique fédérant 4 régions et la disparition des communautés et que c’est une femme.

Si vous ne connaissez pas probruxsel, voici une vidéo de l’apparition de leur tête de liste au « Talk Election ».

Et vous, qu’avez-vous pensé de la campagne? Savez-vous pour qui voter?