Je réagis à chaud suite aux résultats des urnes (pas encore funéraires, n’en déplaise aux cassandres) en proposant un angle d’attaque radical des prochaines négociations pour les francophones.
La voix de la Flandre a parlé, que dis-je, a toné à 32% de décibels: il faut réformer les institutions fédérales en vue de plus d’efficacité. A défaut, bye bye Flanders.
La voix du « peuple francophone » – expression empruntée au bientôt politiquement défunt Didier Reynders – a également clamé haut et relativement fort en faveur du PS.
Deux résultats qui ne m’enchantent guère, mais soit. Il faut réformer, alors réformons. Et là , il me semble que les francophones ont un coup à jouer, question de timing.
La concession: BHV et la périphérie
Le noeud du problème, la raison du blocage depuis plus de 3 ans et de l’ascension de la N-VA, c’est BHV et le respect des francophones de la périphérie (ou de l’intégrité du territoire flamand, selon le point de vue).
Pour moi, La victoire du PS signifie que la périphérie tombe: BHV sera scindé. Oh, ils ne le diront pas comme cela, mais tout le monde le sait. Autour de Bruxelles, ce sont principalement des fiefs du MR et du CdH. Le PS n’en a pas besoin, lui, son territoire, c’est Bruxelles-Capitale et la Wallonie. Cela étant, il est à présent dans le rôle de défenseur des francophones et ne va pas la laisser tomber pour des cacahuètes.
C’est donc la réponse à la question suivante: faire des concessions, pour obtenir quoi? qui doit aujourd’hui mobiliser l’attention des politiques et médias francophones, et non pas le tour de taille des rêves séparatistes de Bart de Wever.
Les revendications francophones
Je pense que ces différents points doivent faire partie de la liste de propositions francophones:
- Refinancement de Bruxelles: la jeune Région est exsangue et a besoin de nouveaux moyens pour assurer ses multiples fonctions (de nouveau, tout le monde est d’accord, au Nord comme au Sud, seul le montant de ce refinancement change selon les camps)
- un « léger » agrandissement de la Région Bruxelloise à Rhode St-Genèse. On sait, c’est onbespreekbaar, mais suivez-moi un instant: « on n’est demandeur de rien » cela n’a rien amené. On ne va pas dans ce genre de négociations sans un gros morceau inavalable pour l’autre, telle est la recette du « compromis à la belge ». Pour justifier cet élargissement, il pourraient le présenter ainsi: l’agrandissement territorial permettrait de réduire drastiquement le nombre d’institutions francophones, et faire une vraie Fédération Wallonie-Bruxelles, faite d’une fusion de la Communauté Française, de la Région Wallonne et de la Région Bruxelloise. Ainsi, les francophones, comme le souhaitent les flamands, améliorent et rationalisent leurs institutions pour plus d’efficacité et de transparence. Il ne s’agit que d’une posture, mais il a été affirmé maintes fois sur les plateaux de TV qu’une scission pur et simple de BHV serait équilibrée par une révision des frontières de RBC, dont acte.
- suppression du niveau provincial et refonte du Sénat: moins de sénateurs
- Circonscription fédérale: permettant de faire élire une partie plus ou moins conséquente de la Chambre des Représentants et du Sénat par des votes venant d’Ostende à Arlon. Toute la nuance est dans le « plus ou moins »: il faut que cela soit une proportion significative pour que cette mesure, censée recréer un espace politico-médiatique commun entre les différentes régions ait un sens, mais, honnêtement, je ne maîtrise pas bien cette variable du plus ou moins. Quelle est la masse critique nécessaire pour que cette mesure produise l’effet escompté? Si quelqu’un peut développer, cela m’intéresse…
- des arrangements à la marge pour la périphérie mais couvrant tout le territoire belge (donc plus de facilités), tel qu’un accord de coopération culturelle entre les communautés du pays pour permettre à chacune de subventionner des écoles dans l’autre communauté (tout en en laissant le contrôle à la communauté qui l’héberge)
En réalité
Maintenant qu’on a bien réfléchi et qu’on a une vision claire et cohérente de ce que l’on veut, on atterri et on regarde qui on a en face.
Ah, le gros Bart. En plus il faut aller vite, s’occuper « des vrais problèmes des gens » et accessoirement, présider l’Europe (enfin, en profiter pour montrer sa bibine à l’Europe, parce que l’Europe, depuis le traité de Lisbonne, elle se dirige très bien toute seule). Et donc cela, c’était la version radicale et donc irréaliste. Le PS aime bien avoir beaucoup d’institutions, cela fait beaucoup de postes à distribuer à ses ouailles. Donc la Fédération Wallonie-Bruxelles ne rimera jamais avec 1 seule institution, et c’est tant mieux, Bruxelles n’est pas la Wallonie, leurs morphologie et besoins sont spécifiques. Il s’agit simplement de donner quelque chose sur lequel Bart peut dire: « non, nooit, moi vivant, jamais! ».
Cela peut marcher, le timing est bon: Bart De Wever sait qu’il doit faire des concessions, au risque de voir ses résultats se dégonfler comme Yves Leterme un soufflé au kaas dans quatre ans. Et donc il en fera, mais pas sur ce qui représente l’essentiel pour lui: le territoire, la frontière linguistique. Il obtiendra sa grande réforme coppernicienne et aura montré une classe d’homme d’Etat – lisez, qui sait faire des compromis, ce sur quoi tout le monde l’attend aujourd’hui.
Donc mon scénario le plus probable sera une scission pure et simple de BHV (ce qui n’est pas un drame, il y aura des partis pour défendre les francophones au Parlement Flamand) et un refinancement conséquent de la Région de Bruxelles-Capitale. D’agrandissement territorial de RBC il n’y aura point, mais la circonscription fédérale verra le jour et sera conséquente.
Des concessions, de part et d’autre, et un état belge qui au final, sera un petit peu moins alambiqué et fonctionnera un petit peu moins mal. C’est déjà cela.
Vous faites preuve d'une certaine empathie envers les Flamands. Votre angle d'attaque est donc radical, mais pas extrémiste. Vous pourriez peut-être même voir beaucoup se réaliser comme vous le décrivez, sauf St. Genesius-Rode. Je vois plutôt un droit d'inscription à BXL-BSL pour les habitants actuels des communes à facilités, si les facilités seraient abolies.
Rappellez-vous: la première personne à parler d'un "corridor" entre BXL et la Wallonie était non pas Milquet mais… un socialiste: Philippe Mouraux. Je pense qu'ils y tiennent, du moins tant que la suspicion d'une indépendance de la Flandre n'est pas levée. Peut-être avez-vous raison cependant, l'avenir nous le dira.
Excellente analyse que je partage quasiment complètement (sauf que, pour ma part, je suis content de la victoire socialiste). Il est temps d'échapper à la prise d'otage de l'état orchestrée par les élites droitières francophones de la périphérie bruxelloises. Il est temps de scinder BHV et il n'y aura pas d'élargissement de BXL ni de corridor. Les francophones n'ont pas plus le droit d'exiger des portions de territoire flamand sous prétexte qu'ils y sont plus nombreux, que les israéliens n'ont le droit de revendiquer les territoires volés aux palestiniens après y avoir installé des colons. L'opposition entre droit du sol et droit des gens est une belle farce. Les gens vivent toujours sur un sol, et dans ce cas, ce sol est flamand. Ce qui n'empêche pas, en effet, les négociateurs de venir avec ces demandes comme levier pour obtenir d'autres choses plus réalistes (refinancement de BXL, éventuellement une circonscription fédérale).
utiliser des demandes comme "levier". Exactement l'expression que je cherchais.
La scission de BHV n'est effectivement pas un drame en soi. Les francophones de la périphérie pourront toujours d'une manière ou d'une autre faire valoir leurs droits, par exemple en envoyant des élus au Vlaamse Raad. On ne va pas les enfermer dans des ghettos… et les commerçants (flamands) sont bien trop malins et trop avides des euros des (riches) francophones qui viennent acheter leurs maisons, faire tourner leur boutique et leur salle de gym, à Wemmel, Linkebeek our Krainem…. on continuera à vous parler en français, n'en déplaise à Mr De Wever. C'est vrai, de temps en temps, il faudra aller à la maison communale pour obtenir un document, et il faudra parler la langue de Vondel… Et alors, est-ce tellement inconcevable ?
Par contre, ce qui me dérange profondément dans l'analyse ci-dessus, c'est qu'on en revient systématiquement à considérer Bruxelles comme une "chose francophone qu'il faut absolument rattacher à la Wallonie…" : mais est-ce qu'on ne devrait pas consulter les Bruxellois pour leur demander leur avis d'abord ? En démocratie, c'est en général comme cela qu'on procède…
Seul hic, c'est que la seule instance francophone présentes à Bruxelles, c'est la parlement de la communauté française… qui par un étonnant arbitrage dispose justement de très peu d'élus bruxellois en son sein… Autrement dites, amis Bruxellois, les carottes sont cuites…
Nous serons la vraie monnaie d'échange de la négociation, Bruxelles n'importe pas autant aux Socialistes que cela, après tout la ville est acquise au MR/FDF….
Pauvre Bruxelles, priez pour nous qui n'avons pas pécher et qui nous retrouverons ainsi abandonnés aux fourches caudines de la co-gestion (beh, quel horrible mot) de nos voisins du nord et du sud… sans qu'ils nous demandent notre avis..
Chouette article. (j'ai bien ri à certains moments !).
C'est vrai qu'on ne peut pas dire que le PS se soit fait élire au bon moment de notre histoire…
Mais j'ai toujours du mal à comprendre ce que la scission pourrait apporter de si important aux flamands. Rien ne justifie cette scission. C'est juste un énième geste anti-francophone. Et tout ce tapage ne sert qu'à une chose, alimenter l'extrémisme déjà très présent autour de Bruxelles. Bart était seul au départ avec ses idées de fou mais finira par avoir un peuple entier derrière lui si ca continue.
Enfin, moi qui habite la périphérie et dans une commune qui n'est pas à facilité (et ne parlant pas flamand par dessus tout) je ne me sens jamais à l'aise en rue (et je ne vous parle pas de mes passages à la commune quand il s'agit d'aller chercher des papiers… la froideur des employés dépasse le zéro absolu !)
Monsieur Van Eylen, comme je vous comprends !
J'ai commis l'incroyable Erreur d'acheter une maison en reg. flamande il y a 15 ans avec le candide et positif a-priori que finalement ils n'étaient pas si c…
Je me trouve donc à 5 minutes de mes parents et beaux-parents dans une maison sympa et pas trop chère MAIS :
- aucun problème tant qu'il s'agit d'ouvrir mon porte-monnaie ( étonnant non ;o) )
- problèmes à répétitions avec police et administration :/ et ce même en vl.
Que de frustrations et de rancoeurs accumulées dans leur chef et qui les mènent à ce combat devenu d'arrière-garde car entre nous où cela les mènera-t-il concrètement ?
La scission est capitale pour les Flamands en ce sens que BHV est (serait) un obstacle à l'indépendance de la Flandre. L'existence de cet arrondissement bi-régional est le grain de sable dans sa dynamique vers celle-ci puisqu'elle permettrait la remise en question par les francophones des frontières du nouvel état devant par exemple les instances européennes ou onusiennes. Car stricto sensu elle n'est pas si anti-francophone que cela puisqu'elle est plus préjudiable aux partis flamands qu'aux francophones vu qu'elle privera inévitablement les bruxellois Nl de toute représentation au parlement belge alors que les habitants francophones seront toujours suffisament nombreux en périphérie pour avoir cette représentation.