
Charles Bricman, ce roublard de la politique, cet ancien journaliste frais comme un gardon a commis un billet intéressant à l’attention des francophones siégeant dans ce nouveau gouvernement de la Méduse. Il leur propose de profiter du changement de premier ministre, avec l’inattendu Herman Van Rompuy pour remettre un projet Belgique sur les rails, insistant que c’est maintenant, ou jamais, et cela passe par reconnaitre que la Flandre est… flamande. Zeg.
Bon moi je ne suis pas belgicain, mais comme j’ai toujours une idée sur tout, voici ma proposition de réforme de l’Etat, sous la forme d’un nouveau pacte des Belges. J’aime bien cette expression pacte des Belges, c’est joli, grandiloquent et romantique, et puis cela fait un peu Victor Hugo, barricades dans les rues, etc. Enfin, je digresse. « Graisse ».
Dans le cadre de cette réforme de l’Etat dont ils ne feront pas l’économie, il faut que les francophones sortent de leur tranchée électoraliste, soient créatifs et prennent l’initiative en faisant les concessions demandées par la Flandre.
- BHV: c’est une concession symbolique, à part l’enjeu du MR de se fâcher avec ses électeurs FDF. Au flamands de proposer des compensations comme par exemple la circonscription fédérale ou une solution plus large dans le cadre de l’avenir de la région Bruxelloise.
- Concernant les facilités, voici ce que moi je proposerais: inscrire dans ce nouveau pacte des belges la suppression des facilités mais à une date précise correspondant à la moyenne de la durée de vie d’un belge, à savoir dans +-80 ans, à partir de l’établissement de la région flamande (1970), donc en 2050, et ce, pour ne pas violer les droits des francophones installés dans la périphérie AVANT l’établissement des régions.
- On bétonne la sécurité sociale en liaison avec le système des pensions, ce qui présente un avantage pour la flandre au fur et à mesure que les années passent, vu que la moyenne d’âge y est plus grande, mais également pour les francophones parce que ce sont eux qui en ont le plus besoin aujourd’hui.
- Dans ce pacte, on refinance la région bruxelloise de manière juste afin qu’elle prospère – et ses 2 régions soeurs avec. On y bétonne le droit de la Région Bruxelloise de s’autodéterminer au niveau linguistique. Ben oui, pourquoi ne pas autoriser l’usage de l’anglais dans l’administration bruxelloise? C’est aux bruxellois de décider de cela, et eux seuls.
- Dans ce pacte, on crée la circonscription fédérale qui permet de voter pour des politiques de l’autre communauté.
- Dans ce pacte, on organise le soutien culturel au niveau fédéral, chargé de promouvoir les échanges intra communautaires et un système de bourse linguistique, permettant à tout citoyen belge d’apprendre les autres langues nationales gratuitement, ou presque. Art, culture mais aussi système erasmus intra belge pour favoriser l’immersion des jeunes.
Enfin, dans ce pacte, on bétonne le role de l’Etat belge d’assurer l’accès à l’énergie, à l’eau potable et à la sécurité sociale de chaque citoyen belge.
Je dis cela car l’eau potable, denrée stratégique du futur, est en wallonie (à 80%) et les sources d’énergies renouvellables les plus importantes (potentiellement), sont à la côte. Dans ce cadre, l’union fait vraiment la force.
Allez, sortez votre kalachnikov et dites -moi comme je me trompe !
Sur l'ensemble, je vous suis… Sauf que les "attendus" amenant à la suppression des facilités sont biaisés.
Elles n'ont pas été créées comme ça, pour le fun, dans un moment de folie! Elles ont vu le jour dans le cadre d'accords signés entre francophones et néerlandophones en 1962-63. Ces accords créaient une limite administrative séparant la Belgique en entités linguistiques homogènes => la frontière linguistique.
Jusqu'à cette période-là, toutes les communes du pays étaient soumises à un régime qui faisait que si une communauté linguistique allophone atteignait 30% dans une commune, cette communauté bénéficiait de "facilités administratives" (en fait, des facilités "avant l'heure"). Si cette communauté atteignait plus de 50% de la population d'une commune, cette commune changeait complètement de rôle linguistique (avec facilités administratives pour la communauté devenue minoritaire). En fait, ce système tenait compte de la réalité démographique…
Et on connaissait ces proportions grâce à des recensements linguistiques décennaux. Mais la démographie a ses aspects pervers : la "tache d'huile" francophone autour de Bruxelles s'étendait année après année, ce qui finissait par ennuyer (et on les comprend aisément) les néerlandophones qui, à tort ou à raison, se sentaient chassés de chez eux.
Les Flamands ont donc demandé (et obtenu) qu'on fixe de manière définitive la limite administrativo-linguistique de ce pays. Je ne m'attarderai pas sur le manque de fair-play qui a mené à ça (refus d'organiser le volet linguistique du recensement). Bref, on a créé cette frontière linguistique. De plus, ces accords stipulaient que, contrairement à ce qui était possible auparavant, la ville de Bruxelles (et, partant, l'agglomération bruxelloise) ne pourrait plus s'étendre aux communes voisines.
Mais les francophones se retrouvant du jour au lendemain en Flandre exigèrent une contrepartie : que les communes où ils représentaient une minorité substancielle (i.e. au moins 30%) obtiennent un statut spécial. Les facilités étaient nées. A aucun moment, le législateur de 1963 n'a estimé devoir mentionner que cette contrepartie devait être provisoire. Pas plus qu'on n'a mentionné une limite dans le temps pour les limites administratives nouvellement fixées. Et pour cause : tant que le principal (frontière linguistique) existe, la compensation (facilités) doit être maintenue. C'est comme une balance : si un côté cesse de faire contrepoids à l'autre, tout s'écroule! Nulle part le législateur n'a mentionné que les facilités devaient permettre une "intégration". Nulle part!
Tout cela pour en arriver à la conclusion que oui, bien entendu, ces facilités portaient en elles le germe des problèmes linguistiques que nous connaissons actuellement. Elles sont, dans leur essence même, la source de querelles interminables!
En plus clair, je suis d'avis qu'il FAUT renégocier tout le paquet 1962-63… Et j'insiste bien sur le terme "négocier". Il faut tout remettre dans la balance et tout retravailler, sur des bases actuelles et saines. Accepter de perdre sur certains points pour gagner sur d'autres! Mais il est impossible de remettre en cause les facilités si on ne remet pas en cause l'autre partie du "deal" de l'époque : la frontière linguistique.
N'oublions pas non plus que la frontière linguistique n'est pas une frontière d'état, mais seulement une limite administrative, de même que les facilités ne sont jamais qu'un point juridique dans une constitution par essence modifiable! Rien de tout cela n'est insurmontable!
merci domo99 de recadrer mon intervention. Je n'étais pas né à l'époque de ces accords et c'est utile de rafraichir les mémoires. Cela étant, les politiques et médias flamands ne semblent pas du tout d'accord sur ce constat selon lequel les facilités n'étaient pas définies comme provisoires. Je crois personnellement que c'est de la mauvaise foi, toujours est-il qu'on en revient au point de départ: on bloque, et donc on n'avance pas donc en fait on recule jusqu'à l'implosion du pays, ou pire, sa transformation en une coquille vide et une réalité sur le terrain qui équivaut à avoir tout perdu, soit on prend acte de leur mauvaise foi et leur version des faits et on négocie ce qui peut l'être, soit on fait venir l'armée et on occupe les facilités, notre bande de gaza à nous.
Ce qui est intéressant dans l'intervention de Domo, c'est de montrer que lorsqu'il y a un nouvel équilibre, ce qui ne plait pas aux Flamands est remis en cause. En gros, quel que soit le nouveau compromis, il ne tiendra pas car l'idée à terme est bien l'état flamand AVEC Bruxelles. Et ça, ça va péter!